l’automne

L’automne est un alezan dont la robe oscille du fauve à l’or orangé. Son trot ample et souple réveille le ciel évanoui dans les prairies.

L’automne est une pomme juteuse qui a succombé aux délires d’un soleil fou à lier. Ses parfums vont du blanc-fleur au blanc moqueur des cieux sans faim.

L’automne est un fantôme qui rode dans les champs, sur les rives des rivières. Partout on respire son manteau ouaté et humide. Il fait peur.

L’automne est un chat qui grimpe aux cimes des arbres et ne veut plus redescendre. Il ronronne ou miaule toute la nuit. Il nous regarde de son œil jaune avant de nous montrer la pointe nacrée de ses griffes sauvages.  

L’automne est un géant qui craque comme des noix les os morts des arbres devenus sourds.

L’automne est un incendie, une pluie, une toupie qui tourne sans fin.

Et moi, je suis las, tellement las de tout cela.

Pour le vent

 Si je ne balaye plus le sable devant ma porte, si je laisse les herbes folles et les ronces envahir mon jardin, si je ne ferme plus les volets, les rideaux, c’est pour le vent. Pour le voir marcher sur la mer, pour suivre ses pas sur la plage. Le vent a besoin d’espace. Hier, il a fait voler en éclats toutes les vitrines de ce nouveau palace.

La nuit, le vent raconte des histoires de voilures et de drapeaux, comment il se fait gifle et puis griffe ou litanie. Le jour, il chante comme les baleines et rend ivres touts les cerfs-volants. Il bouleverse nos projets et s’étire jusqu’à nos beffrois. Aucune de nos cathédrales même remplies de prières n’est plus forte que lui. Nos digues ne brisent que ses larmes de désarroi par l’ennui.

Le vent souffle à l’oreille des vieux marins restés au port, le secret des trésors qu’ils ont perdu de vue et ce qui brille encore dans leurs pupilles, c’est le souvenir de ces poissons rutilants, de ces gorgées d’argent jusqu’au-delà de l’horizon.

Si je tourbillonne au sommet des dunes, si j’écris et m’efface aussi tôt derrière quelques mots, si jamais je ne jette d’amarre, si j’éclate en sanglots ou m’éclate de rire sans raison ni propos, si je me laisse flotter presque transparente à la surface de l’eau, c’est pour le vent, pour le vent.

 



j’ai oublié

J’ai oublié mon cahier, j’ai oublié le refrain des chansons, le nom de mon voisin. J’ai oublié le chemin que j’empruntais pour me rendre à l’école, j’ai oublié le nombre des années, le chapelet des punitions à répéter. J’ai oublié comment c’était le premier jour, la couleur de mon pantalon, avais-je déjà des lunettes ? J’ai oublié combien de fois j’ai pleuré et déchiré  mon veston. J’ai oublié que j’avais peur dans le noir, combien de billes j’avais gagné, combien d’élèves nous étions.

Pourtant, je me souviens de sa main dans la mienne, de mon grand-frère champion de natation, de l’odeur de la soupe avant  11 heures,  de la crème du lait  à 16 heures.  Je me souviens du timbre de la voix du professeur, de mon ballon sur le toit. Je me souviens de maman, belle et fière.  Du sourire des soleils cueillis dans le jardin.

À chaque fois que j’ouvre un nouveau livre, je me demande, va-t-il sentir le bois comme celui-là. À chaque fois que j’entends courir derrière moi est-ce Pierre qui vient me montrer sa nouvelle collection? Est-ce le chat qui attrapera celui qui n’est pas perché?

Au galop

 

Dépose-moi sur tes lèvres,

Recueille mon souffle

J’ai jeté au ciel

Les graines du sommeil

Les graines de l’été

Les graines de la mort

dépose-toi sur mes mots

comprends mes volutes

transperce l’émoi

j’ai embrassé le vermeil

de tes doigts, de ma bouche

découvre mon épaule

ma main dans la tienne

dépose-moi sur ta couche

Nid d’abeille

 

Dans mon ventre il y a une balle

Une balle transparente

Et elle tourne tourne

Dans mon ventre il y a une tête

Une tête d’épingle

dans mon cœur il y a un animal

qui rampe et qui pleure

dans ma gorge il y a un essaim

d’abeilles

sur le sol le foulard qui couvrait un frisson

Trois soleils

Il est né dans une bulle de neige

 Les yeux refermés sur lui-même                          

 il a ouvert sa main ses doigts sont                         

comme les bras d’une minuscule étoile

 Il est resté attaché au ciel                         

par un fil si long

et si fin le cheveu d’une fée     

Mon petit frère

 J’ai dessiné trois soleils pour lui faire la fête       

Un pour chatouiller la neige      

un pour le regarder de loin

et un pour se taire

 Il est le fil d’Ariane

pour parler aux comètes

pour jouer à la balle      

Les moustaches des chats et les épines qui font mal

il les a apprivoisées par ses rêves                           

Bleu-noir est la couleur qu’il choisit

pour amuser les planètes et les montagnes

Il fait manger du miel

aux araignées et aux épouvantails

 mon petit frère quand il dort

Sa main près du menton son corps comme un bonbon

il dort pour attraper les poissons

pour arracher une à une toutes les épines des buissons

il sent le lait       

il sent la larme secrète