Marcher pendant des jours

j’ai marché pendant si longtemps le ventre vide, l’espoir avide de nouveaux espoirs que j’ai oublié ce que c’est que d’arriver enfin. Mon esprit ne veut pas s’assoir. Il veut aller là ou il peut et ne pleut pas. Marcher sur les cheveux du jour, flotter sur le parfum des fleurs. Il reste cet éternel insatisfait.

Pourtant, je connais la plénitude. Je sais quel visage a la lune lorsqu’elle se regarde dans les miroirs des lacs. Je reconnais les yeux fermé le chant du soleil sur les blés. Je goute une à une toutes les larmes de la pluie. Hiver comme été, j’aime marcher. Comment et pourquoi faudrait-il rester sur place, alors que toute la vie n’est que bouleversements.

La neige court dans les sous-bois, rampe dans les prairies et s’évanouit dans les champs qui somnolent accrochés à l’horizon. Elle ne tombe pas du ciel, cette fois. Elle se dépose furtivement. Elle s’appose sur mes épaules, sur mes cheveux. Elle crépite comme un incendie et donne au jour qui voudrait partir, un second élan de jeunesse. Tout est silencieusement blanc. Le monde se retient de respirer. Les gens ne pensent pas mais ont froid.

Je marche avec dans la tête, des mots qui dansent et simulent la tempête. « Dans toute Beauté, il y a de la mélancolie » m’a-t-il dit. Je ne puis m’empêcher d’y penser. La mélancolie m’enserre si souvent et si durement dans son étau que j’ai peine, dans ces moments, à lui trouver de la beauté. Même quelconque. Pourtant, je me dis qu’il voit juste. La Beauté est faite de nuances. D’infimes petites parties, à peine visibles à notre œil nu, forment son évidence. C’est ce qui fait que parfois, on ne sait pas de quoi elle est faite et pourquoi, elle est là. On n’a pas envie de la contester.

Dans l’œil de mon cheval, la beauté s’habille d’une douce mélancolie. La mélancolie du chocolat. Le chocolat est terriblement mélancolique. Lorsqu’il se laisse fondre dans la bouche en oubliant son amertume de cacao, le chocolat m’abandonne sa liberté. Cela le rend mélancolique.

Perdre sa liberté, ne plus savoir où mettre ses pas. Perdre sa liberté parce qu’on la donne à l’amour. Oui, cela peut rendre mélancolique, mais c’est beau, n’est-ce pas?

Un jour

Il n’est pas un jour où je ne pense à toi. Parfois, mon cœur a du mal à se soulever et à s’émouvoir. Je redécouvre tes qualités dans tout ce qui m’entoure et pour combler mon manque de toi, je me dis tout bas: »Tu vois, regarde, il est encore là. »

On ne se remet jamais de la mort de quelqu’un qu’on aimait. Ceux qui prétendent le contraire, ne sont que des menteurs et les charlatans d’un bonheur vendu à la sauvette. Il faudrait pour satisfaire le mien que tu sois là, encore, à côté de moi. Il faudrait que je puisse te prendre dans mes bras et te parler. Entendre  ta voix autrement que dans le bourdonnement de mon cœur dans mes veines.

Bien évidemment, j’ai réappris à respirer sans toi, à marcher sans toi, à parler sans toi, à rire sans toi. À donner ma confiance à d’autres que toi. À voyager dans les apparences qui me disent que la vie doit se poursuivre, même si pour moi, sans toi, elle n’a plus  beaucoup de sens.

Poésie

La poésie peut-elle encore être un jeu réservé aux enfants? Peut-on encore l’aborder comme un premier amour? le coeur battant et la pupille qui brille? avec la fiévreuse envie de ne pas se limiter à lui baiser la main ou lui laver les pieds?

Il me prend parfois de ces rages stériles contre la résignation, la lenteur, la maladie nombrilique d’un monde qui ne se goinfre que de science et de savoir. D’un monde qui ne veut plus avoir peur et ne veut plus apprendre.