Auteur : lievenn
kaléidoscope
à la croisée des chemins
Je suis arrivée ici
Marcher pendant des jours
j’ai marché pendant si longtemps le ventre vide, l’espoir avide de nouveaux espoirs que j’ai oublié ce que c’est que d’arriver enfin. Mon esprit ne veut pas s’assoir. Il veut aller là ou il peut et ne pleut pas. Marcher sur les cheveux du jour, flotter sur le parfum des fleurs. Il reste cet éternel insatisfait.
Pourtant, je connais la plénitude. Je sais quel visage a la lune lorsqu’elle se regarde dans les miroirs des lacs. Je reconnais les yeux fermé le chant du soleil sur les blés. Je goute une à une toutes les larmes de la pluie. Hiver comme été, j’aime marcher. Comment et pourquoi faudrait-il rester sur place, alors que toute la vie n’est que bouleversements.
La neige court dans les sous-bois, rampe dans les prairies et s’évanouit dans les champs qui somnolent accrochés à l’horizon. Elle ne tombe pas du ciel, cette fois. Elle se dépose furtivement. Elle s’appose sur mes épaules, sur mes cheveux. Elle crépite comme un incendie et donne au jour qui voudrait partir, un second élan de jeunesse. Tout est silencieusement blanc. Le monde se retient de respirer. Les gens ne pensent pas mais ont froid.
Je marche avec dans la tête, des mots qui dansent et simulent la tempête. « Dans toute Beauté, il y a de la mélancolie » m’a-t-il dit. Je ne puis m’empêcher d’y penser. La mélancolie m’enserre si souvent et si durement dans son étau que j’ai peine, dans ces moments, à lui trouver de la beauté. Même quelconque. Pourtant, je me dis qu’il voit juste. La Beauté est faite de nuances. D’infimes petites parties, à peine visibles à notre œil nu, forment son évidence. C’est ce qui fait que parfois, on ne sait pas de quoi elle est faite et pourquoi, elle est là. On n’a pas envie de la contester.
Dans l’œil de mon cheval, la beauté s’habille d’une douce mélancolie. La mélancolie du chocolat. Le chocolat est terriblement mélancolique. Lorsqu’il se laisse fondre dans la bouche en oubliant son amertume de cacao, le chocolat m’abandonne sa liberté. Cela le rend mélancolique.
Perdre sa liberté, ne plus savoir où mettre ses pas. Perdre sa liberté parce qu’on la donne à l’amour. Oui, cela peut rendre mélancolique, mais c’est beau, n’est-ce pas?
Blanc rose
Un jour
Il n’est pas un jour où je ne pense à toi. Parfois, mon cœur a du mal à se soulever et à s’émouvoir. Je redécouvre tes qualités dans tout ce qui m’entoure et pour combler mon manque de toi, je me dis tout bas: »Tu vois, regarde, il est encore là. »
On ne se remet jamais de la mort de quelqu’un qu’on aimait. Ceux qui prétendent le contraire, ne sont que des menteurs et les charlatans d’un bonheur vendu à la sauvette. Il faudrait pour satisfaire le mien que tu sois là, encore, à côté de moi. Il faudrait que je puisse te prendre dans mes bras et te parler. Entendre ta voix autrement que dans le bourdonnement de mon cœur dans mes veines.
Bien évidemment, j’ai réappris à respirer sans toi, à marcher sans toi, à parler sans toi, à rire sans toi. À donner ma confiance à d’autres que toi. À voyager dans les apparences qui me disent que la vie doit se poursuivre, même si pour moi, sans toi, elle n’a plus beaucoup de sens.
Calliope
tu es un galop
un calice une enveloppe
tes mots
ton oeil ombragé
tes cils comme une pluie saoule
c’est plus qu’il ne m’en faut
le vent peint tes crins
dans les prairies
je te viens
Poésie
La poésie peut-elle encore être un jeu réservé aux enfants? Peut-on encore l’aborder comme un premier amour? le coeur battant et la pupille qui brille? avec la fiévreuse envie de ne pas se limiter à lui baiser la main ou lui laver les pieds?
Il me prend parfois de ces rages stériles contre la résignation, la lenteur, la maladie nombrilique d’un monde qui ne se goinfre que de science et de savoir. D’un monde qui ne veut plus avoir peur et ne veut plus apprendre.
Le beau
Le beau serait-il le commencement de l’horreur?
Comment peut-on parvenir à se dépasser par les mots contre la douleur?
Est-ce que je porte ma grande mort en moi?
Le cristal
Son cou est large et son torse est dure comme celui d’un gladiateur mais ses cheveux ressemblent à ceux d’une fée. Ils dansent autour de sa tête et vont toucher les pieds des étoiles. Ses mains sont comme celles des bouchers mais son ventre est celui d’une femme. Doux, souple et parfumé comme le lait lumineux de la lune endormie. Son cheval met les pieds dans la boue et lave ses flans noirs dans les torrents des montagnes. Il ne vit que pour les cieux blancs comme le fond de ses yeux et de son âme. Pourquoi faudrait-il perdre son temps à chercher le mal? Juger les hommes et les femmes par tribu ou par rang ?
Il flotte pour les envies et se laisse guider par la vie. Il ne décide d’aucun sort et n’attribue aucun tort. Il ouvre les jardins à tout ce qui veut bien prendre racine et est tout petit. Le soir, pour pouvoir traverser les brumes noires, il jette aux soleils, ses mains tendues et le sable des dunes et l’écume des vagues.
Il ne connait rien de vos maux et se fiche pas mal de vos nœuds. Il ne veut se fier, ni se mêler à vos turpitudes et vos ennuis. Ne désire pas les fruits de vos larmes, ne souhaite aucun de vos lendemains et ne sait que faire d’une arme. Il veut simplement aller librement. Marcher sur la pointe des pieds et vous suivre, vous regarder, vous apprendre. Il veut qu’on le regarde sans le prendre ou le forcer. Il veut entendre vos murmures et non vos cris ou vos moqueries.Il veut l’équivoque et non la pluie.
Vous plairait-il d’entendre le récit de ces aventures aux pays des géants et des monstres sans dents? Voulez-vous apprendre par le rire où l’ennui comment, en deux jours seulement, il fut banni du royaume des glauques et des taupes?
Alors qu’il chevauchait par vents et marées, au delà des vaux de son pays natal, il fut interpellé par un signal. Un vieillard tenait en sa main un fabuleux cristal qui brillait de milles évocations magiques. Il crut lire en chacune, les plus justes mélodies qu’on lui avait dit appartenir à la poésie. La poésie est son saint graal, sa potion magique qui nourrit son sang et son espoir. Le nectar qui abreuve les papillons comme les idées. Il fut charmer. On l’invita à se coucher sur un lit blanc, de fleurs aux pétales presque aussi transparents que l’eau claire. Deux pages prirent son cheval, deux autres le guidèrent par la main.
Lorsqu’il se mit à trembler, on le réconforta en lui servant du vin liquoreux. Il perdit de vue sa muse, celle qui lui souffle à l’oreille les plus tendres merveilles. Il se mit à rire et à croire qu’enfin, il lui pousserait des ailes de poètes ou de flemme. Il se mit à chanter. À chanter de plus en plus fort. À parler comme les ogres, à vouloir vendre son âme pour une femme.
Mais je sens déjà que je vous ennuie. Vous pensez sans doute mon histoire banale. Et si je vous dit qu’il ne sortit aucune autre arme que son incroyable beauté, resterez-vous assis sur les vagues de mes mots, suivrez vous encore les flots aléatoires de mes paroles?
Très vite, il trouva le sommeil qui l’enveloppa d’une étoffe vermeil. Sa respiration soulevait la soie d’une mélodieuse brise. Son rêve se mit à danser comme une aurore boréale tout autour de son corps las.L’orgueil vint s’allonger aux côté de sa nudité et devint par la puissance de deux mots cachés sous l’apparence d’une délicate caresse, son amant. Ils s’enlacèrent comme des serpents et échangèrent leurs venins. Son sexe doux se transforma en félin. Son âme en averse, ses vœux en suspicions, ses yeux si bleus, en vautours. L’orgueil avait planté les dents dans sa chair tendre et blanche comme la mie. Il lui avait soutiré presque sans bruit tout ce qui jusqu’à présent avait nourri sa vie. Il s’habilla des mêmes manières, prononça les mêmes sentences, délaissa son cheval et ne fit plus aucune vendange de savoir. Tout le jour, ils se nouaient l’un à l’autre par de fausses promesses. Toutes les nuits, ils faisaient l’amour se gorgeant sans cesse et toujours d’envies vides et avides de faiblesses.
Mon histoire, devrait peut-être s’arrêter sous peu, sous peine de voir se transformer en haine toutes les merveilleuses qualités de mon héros. Je n’ai devant vous, encore prononcé, les douces syllabes qui baignent son prénom dans la clarté de l’été.
Le jour naît dans le creux de sa nuque, la nuit meurt dans sa pupille et s’évanouit longuement dans ses cheveux. L’ombre dessine le creux de ses reins, l’arrondi de ses fesses et le tranchant de chacun de ses gestes. Le bleu se fait tout petit dans l’immensité grise de son iris. Le blanc crémeux et chatoyant du velours des lys les plus purs s’abandonne jusqu’aux plis roses de ses lèvres, se cache ou se réfugie dans son sexe. Il est femme par ses désirs, homme dans chacune de ses folies. Sa nudité se compare à celle des fleurs sans épines dont la tige fine toujours progresse.





