Ma main sur le garrot pout tenter de toucher le noir commencement des crins. La crinière glisse le long de l’encolure, coule entre les deux oreilles et puis s’abreuve de la toute petite larme de lait que tu as sur le front. Suspendue comme une étoile au centre d’une galaxie rougeoyante.
Comment me faire comprendre que tu n’acceptes pas vraiment ma présence? Que tu es lasse, qu’un rien t’agace.
Les mouches, tu les chasses. Un faible mouvement ondulatoire de la robe suffit à chaque fois qu’elles tentent un atterrissage. Mais moi, je reste contre toi même si tu te sers de ce panache de crins comme la fumé d’un volcan quand on croît qu’il va s’éteindre.
Ma main coulisse jusqu’à l’épaule pour atteindre les vallonnements du poitrail et mon oreille se pose sur ton flanc. J’entends ce qu’il se passe à l’intérieur de toi sans rien comprendre.
Souffle chaud, et comme une petite machine, au loin, qui broie une éternelle fibre d’herbe verte, un orchestre de quelques improbables instruments.
Tu soupires. Je découvre les chemins et les lits de torrents et de rivières que parcourent tes veines et des nerfs sous la peau.
J’ouvre la porte de l’enclos. Tu vas au pas. Tu voles et disparais là où vont tous les chevaux bais.