Fourmis volantes

Au delà de la danse circulaire du jardin autour des saisons, il existe bien des mouvements autrement plus subtils, presque invisibles. C’est un de ses gestes qui se révèle ce matin. 

De minuscules insectes se sont vus parer de petites ailes transparentes presque vertes aux reflets bleutés. Là où ils se posent, ils s’établissent pour ce qui doit leur sembler être l’éternité.

L’orage de cette nuit a mis chacun sur la même longueur d’onde: arbres et fruits, fleurs et  feuilles, insectes et soleils, racines et ombres n’ont plus qu’à reproduire sans fin le rythme très soutenu des gouttes de pluie, l’embrasement du vent, le bruit de la foudre lorsqu’elle ne déchire que le ciel au dessus de la mer. Comme tout cela est loin, désormais.

Une danse circulaire de plus, un mouvement harmonieux qui s’attèle au mouvement général du jardin repris ici et maintenant en sourdine. Une émanation de parfum mélangée soigneusement aux teintes blanches et vertes des végétaux avec de temps à autre un sursaut pour le papillon violemment coloré marquant une pose sur une fleur et puis sur une autre égarée dans le ciel. Non, ce qui se produit à l’instant ne s’inscrit pas dans une démarche qui ferait référence à un ensemble déjà composé, mesuré. 

Le seul point de repère est le cri chaotique de l’éclair, son galop affolé, sa fuite, sa résorption. Le jardin vient d’avaler, est en train de digérer ce que nous nous efforçons tous de nier. Notre ignorance serait excusable mais nous connaissons les désormais géantes empreintes que nous abandonnons derrière nous, nous mesurons parfaitement tous les débordements de quelques uns au dépend de tous les autres.

Le jardin avale. Je le regarde impuissante en train d’essayer de nous comprendre. Lui, le jardin si habile à trouver mon langage, à me distribuer ses caresses quand les humains mordent, griffent et puis se taisent. 

Un arbrisseau ploie sous ses gousses énormes remplies de larmes. En silence? Quelque chose au fond de moi m’avertit que le silence n’est plus, qu’il ne trouve plus de place, que ses nids ont tous été détruits. Cet oiseau est désormais inscrit dans la liste noire de tous les oiseaux disparus avant lui. 

Le jardin tente malgré lui d’inventer un nouveau cri, un nouvel appel en forme de flocon, de cendre, de bourdon, de fourmi volante. Un nouveau parfum de lumière et de terre qui réunirait sa colère et la saveur amère de l’écorce d’agrume.  Il a tout compris le jardin en sa solitude, il ne compte que sur lui.

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