Le choix des armes

Je ne veux pas apprendre à me battre, à broyer des chemins. Je ne veux pas chercher chez l’autre des symptômes, un destin. Lui découvrir du pus et l’envier. Je ne veux pas apprendre à me méfier. Ne plus connaître que des voleurs et cette avidité pour les honneurs. Je veux être comme la rose : donner des couleurs aux parfums, tendre mes épines pour faire peur. Être là, cerclé de mots, recouvert de phrases. Ne servir à rien.

Les mots, j’en ferai mon art. Ils couperont court, ils trancheront net, ils tueront en une seule phrase les rumeurs idiotes, les idées bossues. Quelques uns dormiront sous mon oreiller, les autres s’agiteront à mon ceinturon ou s’agripperont à ma hanche, les autres vous avaleront comme des anges. Les mots me feront de la tête aux pieds. Mailles fines, points discrets, ils s’aligneront avec une géométrie parfaite dans tous mes cahiers, ils moduleront tous les instants et tempéreront toutes les insanités que la vie me réservera encore. Ils redessineront tous les endroits sordides et froids, se feront les contemplateurs admiratifs de la Beauté partout où elle sera. Je ne jugerai pas.

Je ne sortirai jamais sans cette armure comme le masque rieur de toutes mes défaillances et audaces avortées. Je ne vous devrai rien. Je ne me déferai jamais de la liberté de penser en mots en vous donnant la parole, d’être frêle et de pleurer.

Abandonner les corps de mes textes et mes entêtements absurdes à l’un de ces marchands, je n’y songe pas. Plutôt périr ou tout brûler ! Je veux me garder cette opportunité de m’enflammer pour un simple mot et ses virgules, de me laisser brûler par la curiosité. Et puis, il me plaît de tout donner et puis de tout reprendre selon mes fantaisies. C’est la manière que j’ai trouvée pour dire non à l’ennui qui recouvre vos jours. Je n’ai pas grand chose à perdre.

Mon imagination à force de se tendre vers vous et puis de revenir vers moi s’est construite un corps de serpent, souple et fuyant. Mon agilité est devenue modulable à un point près.

Je me prépare rituellement tous les matins à manger vos actes manqués et les miens, vos détours biscornus, votre futilité et tous mes égarements. Je ne veux pas compter, on ne peut pas compter sur moi. Je suis lâche et j’aime les ombres lorsqu’elles sont bien portées. J’aime les nuages et la vase. J’aime vous observer dans les gares, dans les trains, dans le métro. Partout où vous perdez votre temps, je gagne le mien.

Être un samouraï ici

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