si je pouvais retenir l’air
le soupir des secondes
si je pouvais convoquer
tous vos mots vos cruautés
muettes
je serais un tissu
de mensonges
une ellipse
une suffocation
l’extinction d’un peuple curieux
on ne saurait que faire de moi
on ne pourrait m’épingler
comme ce fabuleux papillon
marin
on ne pourrait me donner la main
me prendre dans les bras
je serais plein d’évocations friables
d’épines de nœuds et de dards
de débris et d’éclats
on ne pourrait me confier
les valeurs sûres du présent et de l’avenir
on ne pourrait se fier à mes apparences
car je ne crois et ne grandit
que parmi les morceaux
et les cris
je suis fait
de remous et de trous
