Spectral

Il m’arrive de penser avoir le ventre assez gros d’envies que pour pouvoir manger la Beauté d’une seule et même bouchée. Cette force illusoire semble sortir de nulle part et enfler pleine d’espoir.

Je gonfle parfois au point de tout dévaster comme ces tornades qui se propulsent violemment ou s’anéantissent tout aussi soudainement. Je déplace du vent.

Il m’arrive de croire que la Beauté me concerne et me regarde, qu’on se comprend, qu’il me suffit de la reconnaître pour pouvoir adhérer à elle. L’appeler par son prénom, la tutoyer.

Adhérer à la Beauté me permettrait d’adhérer au monde et donc d’avoir une existence consistante. Une raison d’être .

Je sens et je comprends que très souvent que je n’adhère pas au monde. Je ne suis pas les procédures, je ne suis pas la marche, je ne suis rien. Les mécanismes sociaux de ma planète m’ont été livrés sans mode d’emploi et il me manque des morceaux, les pièces principales.

Le monde ne cesse d’être mouvant et arbitraire, il ne cesse de me tomber dessus. Je ne suis pas socialisable car je suis susceptible de péter un câble toutes les 3 secondes.

Je n’adopte pas toujours les bonnes manières, il ne s’agit pour moi que d’un jeu de hasard, les dès sont pipés, les règles ne tiennent compte d’aucune nuance.

Alors, il ne me reste plus qu’à flotter sans être ni tout à fait perdu, ni tout à fait sauvé.

Il n’existe pour moi que des demies mesures, des teintes indécises, des zones floues. Une part du monde, une partie de la vie, reste muette. Ne se prononce pas. Je suis incapable de lui donner des mots. Je ne puis que crier : non, non. M’enfermer dans le mutisme. Détruire ma propre parole, trouver l’insulte.

Il m’arrive d’être nulle part, sans ombre portée, tremblotant et minuscule, épouvanté par des grains de sables. À portée du vide, entre les mains du grand basculement. Certains jours, je suis vieux, fané, sans certitude. Plus rien ne m’importe, même le néant pèse des tonnes. Je reste cloué sur place. Sacrifié inutilement.

Être totalement inutile et être obligé de l’admettre en toute conscience, être obligé d’accéder d’office au statut de chose.

Mes pensées sont cadavériques. Souillées.

Je suis rouillé et fou.

Foutu.

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