Moutonnements

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La neige est sur les sommets 

Son haleine froide dévale les pentes 

Grelots autour du cou de celle qui mène le troupeau vers la pleine comme une nuée d’étourneaux 

Parfois on s’arrête pour brouter et fabriquer de la laine 

Parfois pour voir la mer 

S’enrouler aux nuages 

Se dire que le temps tel un chat s’étire et se lève en montrant les griffes et la souplesse de son humeur 

Repartir pour aller nulle part 

Être sur la mer neige écume 

Éclats  

manger ce qui est vert 

avoir toujours faim de dire qu’il est réconfortant d’entendre sa voix dans celle qui se répercute contre les parois rocheuses 

Sans jamais tomber dans la gorge d’un loup 

Petite

La Petite

Petite

et un profil que finissent les fils d’une moustache

une bille de cristal se cache

dans la cavité oculaire

une rose des sables pour sentir l’univers

petite

les doigts sont des boutons de rose recouverts du duvet frais

de la neige

l’infini joue du piano sur les vertèbres d’une rivière qui prend sa source dans l’anneau noir d’une goutte de nuit

petite

enfant fauve

petite

chose endormie dans le pli où l’étoffe de la roche et celui de ta robe

se rapprochent et se mélangent

et se confondent et se perdent

il ne reste que

petite

la tache blanche et lumineuse de ton esprit

qui flotte dans la nuit