Correspondre

@hardcorepunkbf

Le jardin correspond avec quelqu’un que personne ne regarde. Ce fantôme a besoin de peu de chose pour poser la voix qui fait frissonner par ses silences les feuilles lourdes de la torpeur.

Que comprendre des mots qui se retiennent de tomber là où poussent les humains mais se récoltent à foison dans les flaques dont la surface sert de miroir à tous les visages de la mer?

La pluie, petite poule blanc neige picore des graines invisibles. Parmi elles, il doit bien y avoir quelque perle, quelque promesse oubliée et quelques unes de mes larmes anciennes.

Instrument

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l’écriture pour apaiser la brûlure d’une blessure
pour assagir l’agitation sans parvenir
à vouloir l’intégrer dans un protocole
un morceau de bois calciné pour dessiner
tous les visages des paysages que je traverse
alors que les ronces les rongent
que les sentiers se dispersent

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le fouet indompté d’une signature anonyme
la queue de serpent d’un signe
la calligraphie d’une langue que personne ne parle
que personne n’écoute vraiment
l’ instrument dans vos bouches
souvent me condamne à n’être qu’un géant
bouquet
on ne lui donne que des coups de flammes
on s’amuse un temps de sa démesure
toute organisation de semonces fait de moi un fantôme errant
comme aux icebergs à la dérive on néglige de reconnaître
la partie immergée immense et glacée
où je me suis lové


source images: hardcorepunkbf

égratignure

égratignure

©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram

Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».