Cessez-le-feu 

Son corps sur ce qu’il reste du chemin 

Son corps comme s’il n’était plus qu’un vêtement poussiéreux 

Un homme pourtant tente de mettre l’enfant à l’abri mais lorsqu’il parvient à le saisir par les pieds

on lui tire dessus 

Alors 

l’homme abandonne 

Et moi j’attends j’espère la main de l’enfant sur mon front sur la partie la plus douce de mon museau 

Sa main s’agrippant à mes crins pour vaincre la peur 

Ses petits talons contre mes flancs

J’espère qu’il sente encore à ses côtés le souffle chaud de mes naseaux 

Mais tu tires 

Les jambes le torse la tête 

Tu préfères la tête 

Alors 

Moi l’âne auquel on donne volontiers des coups de bâton pour le faire avancer 

Je tourne la tête et te regarde 

Toi le soldat le tireur d’élite 

Toi l’assassin le criminel le génocidaire

Je te regarde et me demande

pourquoi jamais 

tu ne refuses d’obéir 

Réalité profonde de l’être

Rembrandt, un enfant apprenant à marcher- source image ici
Il ne reste sur le trottoir 
qu’un amas de vêtements
chargés de sueur et de cendres.
Pas de visage, aucun regards.
Un abîme.

Un corps mou, sur un autre corps mou, sous un autre corps mou.

Il reste violent et brutal,
l’impact de la mort par balle.
Il reste la balle tirée par le soldat, tireur d’élite.

Tuer ne suffit plus,
tuer ne permet pas d’apaiser sa haine
alors on extermine.

Massivement.

Les vermines, les suppôts de satan, du démon, du diable, de l’enfer. Des enfants.

Comment meurt-on quand on est un enfant
qui marche la peur au ventre,
la faim dans l’oeil,
la main donnée au frère aîné
pour peut-être se sauver?

On meurt dans la rue,

aux yeux du monde.

On meurt sous silence,
sous chape de mensonges.

On meurt par perforation
de la peau,
déchirement de la chair,
éclatement des poumons,
noyade du coeur,
écoulement visqueux de sang.

On meurt mille fois par seconde.

On meurt de l’effondrement
du corps de son père,
du corps de sa mère,
des corps de ses cousins,
de ceux des copains.
On meurt de l’effondrement de tout un hôpital,
d’un village,
d’une bande de sable.

On meurt de l’effondrement
du corps de son petit frère

et puis on meurt comme un grain de sable,

tellement altéré,
tellement dépossédé qu’on ne finit jamais de mourir.