Cheval balzan


Il a posé son mouchoir sur mon visage

ce linceul blanc et frais

dilue la douleur

et cache mon visage

ils m’ont forcée à me redresser et à marcher longtemps sans rien voir

seul Le Cinquième  est resté à mes côtés

son haleine chaude son oeil        doux marron 

l’écume sur sa robe portée par les vagues

quand je me suis effondrée 

l’âme soeur était là 

limpide allongeant l’encolure

il est soudain devenu difficile de ne pas sombrer

dans un sommeil

lourd visqueux  brûlant

comme si une partie de moi était restée là-bas

sur la route bitumée et noire

je m’écoule comme lave

il a posé son mouchoir 

une ou deux questions concernant mon nom et mon âge

mais les mots des réponses

sont devenus peu à peu inaccessibles

se sont perdus n’ont pu être entendus

il a allumé la radio afin que je ne succombe dans le silence

a démarré la voiture 

Le Cinquième a-t-il été conduit au pré ?

Du haut de la tête en passant par les narines,

le sang coule

En tête en étoile prolongée par fine liste,

liste mélangée

un goût de fer rouillé inonde la bouche

je me suis endormie sur le brancard dans le couloir

ivre et subissant l’assaut répété du tambour que j’avais alors à la place du coeur

un cheval au galop dans la tête 

Ses sabots dans la gorge 

et les étincelles de ses fers sous les paupières

Le Cinquième est revenu en rêve se heurter aux clôtures
de la chambre noire et muette
cheval balzan