Le trésor

« Si vous recevez une lettre venue du fond d’une île perdue dans le grand cœur des océans, et écrite par une main dont vous ignorez l’existence, êtes-vous bien sûr que ce soit un inconnu qui vous écrive et n’éprouvez-vous pas, dans le moment que vous lisez, sur l’âme qui vous rencontre ainsi (les dieux savent seuls dans quelles sphères) des certitudes plus infaillibles et plus graves que toutes les certitudes ordinaires ? Et, d’un autre côté, croyez-vous que cette âme qui songeait à la vôtre, au hasard de l’espace et du temps, n’avait pas, elle aussi, des certitudes analogues ? Il y a de toutes parts d’étranges reconnaissances, et nous ne pouvons pas cacher notre existence. Rien ne semble jeter sur les liens subtils qui doivent exister entre toutes les âmes un jour plus spécial que ces mystères qui accompagnent l’échange de quelques lettres entre deux inconnus. C’est peut-être une des étroites fentes, (misérable sans doute, mais il en est si peu que nous devons nous contenter des lueurs les plus pâles,) c’est peut-être une des étroites fentes dans la porte des ténèbres par où nous pouvons soupçonner un instant ce qui doit se passer dans la grotte des trésors qui ne furent jamais découverts. »

Maurice Maeterlinck, « Le trésor des humbles »

Que me faut-il comprendre

Faut-il comprendre pour aimer ? A-t-on besoin des réponses pour reconnaître et apprécier un mystère ? N’ais-je pas le droit de trouver face à l’art mes propres réponses, ais-je vraiment besoin d’un savoir universel  et d’une quelconque science? Quel chemin suivre ? Celui de l’académisme ? Celui de mes émotions ?

Aux égaré(e)s,

Parce qu’il est des maux

Cinglants

 

Comme des poignards

Qui font macérer notre cœur et ses envies dans les regrets et les remords

Juste

Pour savoir qu’il n’y a pas que

L’amertume.

Ailleurs,

on peut goûter d’autres délices

 

Mais il faut partir, partir et partir.

 

 

Voici ces quelques vers d’Emile Verhaeren.

 

« Et ses hauts mâts craquants et ses voiles claquantes,

Mon navire d’à travers tout lève ses ancres ;

Et tout à coup fonce dans la tempête,

Bête d’éclair, parmi la mer. »

 

Choisissez votre embarcation et quittez votre port.

Bons voyages.

Chaos

Au-delà du sens accordé aux mots par ceux qui écrivent les dictionnaires, au-delà des mots qui tentent de donner un sens aux images qui flottent dans mon cerveau, il y a pour moi, un vertige, une étrange sensation, un éternel questionnement. Un doute. Un chaos.

Les mots ont un sens qui me fait parfois chavirer, certains mots me révoltent et me donnent la nausée : ceux qui permettent d’enterrer quelqu’un de son vivant, les maux du préjugé.

Au zoo

Degré de difficulté : 5 étoiles. Pour ceux qui ont le goût du risque et pas la peur du ridicule. Résultats aléatoires.

 

a)     à celui qu’on dirait un boucher, à celui qui nettoie sa voiture tous les dimanches, à celui qui a toujours les mains rouges, à celui qui tire la gueule, à celui qui gare sa voiture sur le passage piétons ou sur le trottoir, à celui qui est toujours bronzé, à celui qui promène son chien, à celui qui fait trop de bruit, à ce facho, non, pas à celui-là, à ce macho, non, pas à celui-là non plus. Enfin, je vous laisse choisir la personne qui ne vous ressemble pas, mais pas du tout.

b)    Faites-lui un signe sympa, un bonjour de la tête ou quelque chose comme ça. Attendez. (pas trop longtemps).

c)     Poursuivez votre journée en pensant finalement que sur les autres vous vous faites des idées.

Les billes

Parfois, il m’arrive de croire que les mots sont des billes colorées qu’on a dans les poches, qu’on les lâche sans vraiment pouvoir maîtriser leurs trajectoires, cela étourdi. Voilà pourquoi mes question flottent indéfiniment…..voilà ce qui me fait peur et m’amuse à la fois, voilà ce qui fait de moi un funambule.

j’avale des couleuvres

Je suis la couleuvre, la vipère ou la chose inoffensive. Ce qui insinue et s’insinue. Ce que j’apprends me sert. Ce que je prends, je le redonne ensuite. Autrement. Les autres, j’en fais des demi-personnages. Ils leurs arrivent même que je leurs attribue le “Je”. Certains jours, c’est le “il” ou le “elle” ou le “vous”. C’est comme vous voulez.
Je peux devenir l’enfant de huit ans, l’ado emmerdant, le violeur, le serial killer, l’amant éperdu, un vieux con pantouflard. Un ange parfois.
Le monde, je le malaxe, je le peins et dépeins, j’ai envie d’en faire autre chose.
Ecrire c’est laisser parler ma pieuvre insaisissable aux mille tentacules, c’est avoir du répit.

À la lisière

Les collines ondulent comme une mer veloutée. Les arbres nouent des vœux ombilicaux avec les cieux. Je marche. Là où je vais, il fait bleu et c’est la musique qui goute à goute s’écoule en cascade.
Ma course est saccadée et mon allure bancale. Je n’ai ni yeux, ni bouche pour parler. Je partage les fonds marins avec les baleines, les poulpes et les puissants courants. Si on me touche, je retourne vers ma coquille. Si l’on veut me prendre, je cours comme le vent.
Je souffle, je soulève la soie des prairies. Je prends racine dans les nuages. Je grimpe aux arbres. Les feuilles sont les promesses de l’arbre faites au jour. Les nervures sont ses phrases.
Vos livres me laissent froid, vos cris me rendent sourd, mais la larme qui perle dans une note m’ouvre tous les chemins. Points par points, de graines en graines, de trait en trait, je pends les secondes. J’étire les rêves, je sens, je me sens devenir peu à peu comme ce tout petit rien qui est à naître, L’arbuste en lisère de forêt  qui cherche sa part de lumière.