La lune voudrait bien s’asseoir
sur la mer
ou sur la terre
la terre aimerait bien se taire dans la mer
et disparaitre
mais
de la place
il n’y en a qu’une
alors
c’est l’une
ou
l’autre.
La lune voudrait bien s’asseoir
sur la mer
ou sur la terre
la terre aimerait bien se taire dans la mer
et disparaitre
mais
de la place
il n’y en a qu’une
alors
c’est l’une
ou
l’autre.
Sa lancinante laideur longe lâchement les chemins laissés aux chimères
elle libère l’onction moelleuse de son venin de vipère
au cœur de ces villes livides et sans chairs
la laideur lance ses fleurs sans lendemain
et toi tu te dis que plus rien ne rime à rien.
Parce qu’il est des maux
Cinglants
Comme des poignards
Qui font macérer notre cœur et ses envies dans les regrets et les remords
Juste
Pour savoir qu’il n’y a pas que
L’amertume.
Ailleurs,
on peut goûter d’autres délices
Mais il faut partir, partir et partir.
Voici ces quelques vers d’Emile Verhaeren.
« Et ses hauts mâts craquants et ses voiles claquantes,
Mon navire d’à travers tout lève ses ancres ;
Et tout à coup fonce dans la tempête,
Bête d’éclair, parmi la mer. »
Choisissez votre embarcation et quittez votre port.
Bons voyages.
Les collines ondulent comme une mer veloutée. Les arbres nouent des vœux ombilicaux avec les cieux. Je marche. Là où je vais, il fait bleu et c’est la musique qui goute à goute s’écoule en cascade.
Ma course est saccadée et mon allure bancale. Je n’ai ni yeux, ni bouche pour parler. Je partage les fonds marins avec les baleines, les poulpes et les puissants courants. Si on me touche, je retourne vers ma coquille. Si l’on veut me prendre, je cours comme le vent.
Je souffle, je soulève la soie des prairies. Je prends racine dans les nuages. Je grimpe aux arbres. Les feuilles sont les promesses de l’arbre faites au jour. Les nervures sont ses phrases.
Vos livres me laissent froid, vos cris me rendent sourd, mais la larme qui perle dans une note m’ouvre tous les chemins. Points par points, de graines en graines, de trait en trait, je pends les secondes. J’étire les rêves, je sens, je me sens devenir peu à peu comme ce tout petit rien qui est à naître, L’arbuste en lisère de forêt qui cherche sa part de lumière.
Mon histoire commence il y a fort longtemps, au 12ème siècle mais je ne voudrais vous ennuyer avec tous les tourments qu’il m’a fallu traverser je n’ai pas été conçue pour ces vérités-là alors laissez-moi vous parlez de lui. J’ignore son nom et il est fort probable que je ne le connaitrai jamais et puis quelle importance ? Toute sa beauté est contenue dans le bleu de ses yeux et la nuit lui envie sa pupille tant elle brille. Sa peau si blanche ose par endroits les reflets de la nacre et dégouline dans son cou ainsi que le lait le ferait. La lumière dépose délicatement sur les paupières et en dessous de l’œil une touche à peine bleutée et souligne par tout ailleurs la maigreur de son visage. Hélas, je crains fort qu’il n’ait été comme moi jamais invité à des festins de roi.
Des visages qui me regardent croyez-moi, j’en vois des milliers à longueur d’année et je pourrai vous dépeindre comment l’envie se glisse dans le pli d’un sourire, comment l’ennui soulève de son doigt la mèche de cheveux sur le front. Je pourrai vous parler des heures de la mélancolie comment et où on peut la lire, accomplie dans le visage ridé d’une veille pomme qu’on a oublié de manger, à la source dans le visage du jeune enfant qu’on vient de gronder. J’ai rencontré la jalousie, l’insolence, la fierté, le dédain, l’orgueil chez l’adolescent comme chez le seigneur qu’on devine entouré de trophées. J’ai vu la peur trembloter sur le front de l’assassin, la conscience donner ou reprendre l’assurance ou l’arrogance. J’ai lu des journées entières la bonté qu’on retrouve dans les prières, celle qu’on ne voit que chez le jeune enfant, celle qui marche main dans la main avec l’innocence, je l’ai lue, oui des journées entières pour essayer de comprendre pourquoi tant d’hommes la repoussent avec le dos de la main sans même l’avoir jamais gouté. Mais je m’éloigne ou peut-être pas des raisons qui ont fait que je choisisse de vous parler de lui. Si jeune, adolescent et pourtant paré d’atouts aux quels on ose que rêver.
Tellement de gens passent devant mon nez sans vraiment me regarder. Ils voient mes formes, devinent mon poids, connaissent mes dimensions et mon âge et prétendent par un savant calcul connaitre exactement l’étendue de ma valeur. Ils ont leurs catégories, élaborent des théories, mesurent, quantifient, inventent parfois mais combien dites-moi ont recherché à ne voir que moi ? Ce que je signifie, pourquoi je suis là, dans cette vitrine, offerte et complètement nue ?
Je me suis longtemps demandée pourquoi. Pourquoi on me regarde, pourquoi on me marchande, pourquoi on me protège ou m’expose ainsi. Jamais jusqu’à ce jour où je l’ai vu, jamais je n’avais pu croire qu’on puisse aimer au premier regard. Je vous sais déjà haussant les épaules et vous moquant de moi en disant : « n’as-tu donc point vu ton âge, vieille sotte ! » je vous répondrai que justement toutes ces années m’ont donné le temps de savoir et d’éprouver. Lorsqu’il a déposé la soie de son regard sur mes courbes et lorsqu’il a voulu déchiffrer ce que j’essayais de lui murmurer laissant parler sans mots et sans bruit pour moi toutes les parties de mon corps, j’ai soudain compris le mystère de toute mon existence. Je suis faite pour donner. Donner une toute petite étincelle, une petite lumière qui soudain éclaire toutes les raisons, abolie toutes les règles, surpasse toute mesure. Elle donne sens. Illumine le néant et l’absurdité d’une vie, d’une œuvre. Elle condense toutes les larmes, tous les soupirs, toutes les respirations et les battements de cœur. Et il a été donné à moi de l’apercevoir là, d’en apprendre la justesse et la nécessité, sous les traits délicieux d’un adolescent curieux. Il a été donné à moi, petite chose trop ronde qui a trainé presque partout de par le monde et s’est installée à tellement de tables avec tellement d’être humains nobles ou ingrats, grands et petits. Mais je vous vois déjà partir, me tourner le dos, maugréant : « elle est de nouveau amoureuse. Allons ! Tous ces mots pour ne dire que cela ! »
Partez ou soyez curieux, venez me voir ! Je le sais il n’y a d’autre espoir que celui de la Beauté qui s’offre à vous en une seule phrase.
Que puis-je encore vous dire, si je ne vous ai pas lassé? Je suis ronde. Je suis presque parfaitement ronde. En mon centre, comme un cœur qui bat, une fleur au dessin pur comme le filet d’eau d’une source. Un carré et un losange lui servent d’enclos même si jamais elle ne sort. Se répondant par un jeu de symétrie, 8 feuilles s’étalent sur ma surface. L’arbre dont elles proviennent y est représenté 4 fois. Son tronc est une tresse et sa ramure un cœur qui dresse sa pointe vers le ciel et présente ses fruits à la terre. Je suis ocre, blanche et turquoise, je brille. J’invite à ce qu’on me garnisse de fruits ou d’offrandes pour celui qui a faim ou veut nourrir ses sens. Mes traits son simples et évoquent au lieu de dépeindre. Je deviens magique lorsqu’enfin on essaye de lire ce qui ressemble à un texte sacré. On me croit venue de Perse mais je suis née en Espagne. Dans mes veines coulent encore les rêves des Maures.
Il est né dans une bulle de neige
Les yeux refermés sur lui-même
il a ouvert sa main ses doigts sont
comme les bras d’une minuscule étoile
Il est resté attaché au ciel
par un fil si long
et si fin le cheveu d’une fée
Mon petit frère
J’ai dessiné trois soleils pour lui faire la fête
Un pour chatouiller la neige
un pour le regarder de loin
et un pour se taire
Il est le fil d’Ariane
pour parler aux comètes
pour jouer à la balle
Les moustaches des chats et les épines qui font mal
il les a apprivoisées par ses rêves
Bleu-noir est la couleur qu’il choisit
pour amuser les planètes et les montagnes
Il fait manger du miel
aux araignées et aux épouvantails
mon petit frère quand il dort
Sa main près du menton son corps comme un bonbon
il dort pour attraper les poissons
pour arracher une à une toutes les épines des buissons
il sent le lait
il sent la larme secrète
La nuit sourit
Et soupire
Tendrement
à l’orée du printemps
sur le bord d’un pétale
caché sous un jupon
le jour est né
il a bu la larme de la pluie
recueillie dans le calice
d’une fleur endormie
Le jour rougit et avance
Comme un géant
En larmes
Comme une pluie de printemps
Qui assaille le sol à coup de gouttes lourdes
En laine
Comme la chanson voyageuse
Des mangeurs de chaleur et d’orgueil
En douce
Ton pas secrètement complice
D’une vague sur un rocher.
Lamelle de miel
dans le ciel
la lune
J’ai fait un rêve où chaque point est un grain de lumière, chaque trait un nouveau mot. Il pleut. Il fait jour. Le vent est dans le ciel et joue. Les choses pour m’atteindre doivent parcourir des circonvolutions, sillonner des détours. Elles se volatilisent ou se focalisent.
J’ai fait mille rêves où le ciel est une rivière, le vent une colline, les vagues des champs de blé. Dans la soie des nuages naissent les oiseaux, dans l’écume surgissent des chevaux.
Dans mes rêves se hissent ces voyages dont la voile est gonflée d’espoir.
Je dors à fleur de sens.