Aussi fort que l’ennui
le ciel gris crie
les nuages laissent
les épaves des vieux voyages
à dévorer par la pluie
L’horizon happe ma raison
mes lancinantes détresses
et rêve de l’ivresse
Aussi fort que l’ennui
le ciel gris crie
les nuages laissent
les épaves des vieux voyages
à dévorer par la pluie
L’horizon happe ma raison
mes lancinantes détresses
et rêve de l’ivresse
La paresse avance
en trainant
ses savates.
Mon sang
coule
comme de la confiture
Le ciel est épais et prêt à bouillir
près de toi
comme le lait chaud
dans la casserole
C’est le temps
des bruits des feuilles
emportés par les vents
qui raclent les nuages
et crachent sur le soleil
c’est le vent emporté
par les bruits les feuilles
brûlés
c’est le temps
des râles
du bruits
des pleurs
et des nuages
qui arrachent tes soleils.
Je suis l’avidité prisonnière dans les dédales tissés de quelques tapis. Je suis cette solitude malade et glaciale qui te suit où que tu ailles. Je suis le froissement d’un tissu, le manteau jeté sur tes épaules et noué à la hâte, à ta taille. Je suis le cuir de ta botte. Je suis ton pas. La poussière qui se soulève espérant fuir dans l’air à l’aube. Je suis les crins de ton cheval. Je suis galop et steppe. Cris et mépris. Je suis la haine qui lèche les plaies, allume les incendies et broie tes ennemis. Je suis ta soif. Je suis le silence qui rode comme ton ombre, affamé et jamais repu. Je suis la puanteur des carcasses abandonnées depuis des mois, cavées et rognées par les charognes. Je suis ce qui s’affole dans tes veines et ronge tes tripes amères. Je suis ta pupille, noire et brillante. Je suis le tremblement à peine perceptible de ta joue. Le dernier bouclier de ton âme, je suis ta peur, Gengis Khan.
Je suis la couleuvre, la vipère ou la chose inoffensive. Ce qui insinue et s’insinue. Ce que j’apprends me sert. Ce que je prends, je le redonne ensuite. Autrement. Les autres, j’en fais des demi-personnages. Ils leurs arrivent même que je leurs attribue le “Je”. Certains jours, c’est le “il” ou le “elle” ou le “vous”. C’est comme vous voulez.
Je peux devenir l’enfant de huit ans, l’ado emmerdant, le violeur, le serial killer, l’amant éperdu, un vieux con pantouflard. Un ange parfois.
Le monde, je le malaxe, je le peins et dépeins, j’ai envie d’en faire autre chose.
Ecrire c’est laisser parler ma pieuvre insaisissable aux mille tentacules, c’est avoir du répit.
L’automne est un alezan dont la robe oscille du fauve à l’or orangé. Son trot ample et souple réveille le ciel évanoui dans les prairies.
L’automne est une pomme juteuse qui a succombé aux délires d’un soleil fou à lier. Ses parfums vont du blanc-fleur au blanc moqueur des cieux sans faim.
L’automne est un fantôme qui rode dans les champs, sur les rives des rivières. Partout on respire son manteau ouaté et humide. Il fait peur.
L’automne est un chat qui grimpe aux cimes des arbres et ne veut plus redescendre. Il ronronne ou miaule toute la nuit. Il nous regarde de son œil jaune avant de nous montrer la pointe nacrée de ses griffes sauvages.
L’automne est un géant qui craque comme des noix les os morts des arbres devenus sourds.
L’automne est un incendie, une pluie, une toupie qui tourne sans fin.
Et moi, je suis las, tellement las de tout cela.
La nuit, le vent raconte des histoires de voilures et de drapeaux, comment il se fait gifle et puis griffe ou litanie. Le jour, il chante comme les baleines et rend ivres touts les cerfs-volants. Il bouleverse nos projets et s’étire jusqu’à nos beffrois. Aucune de nos cathédrales même remplies de prières n’est plus forte que lui. Nos digues ne brisent que ses larmes de désarroi par l’ennui.
Le vent souffle à l’oreille des vieux marins restés au port, le secret des trésors qu’ils ont perdu de vue et ce qui brille encore dans leurs pupilles, c’est le souvenir de ces poissons rutilants, de ces gorgées d’argent jusqu’au-delà de l’horizon.
Si je tourbillonne au sommet des dunes, si j’écris et m’efface aussi tôt derrière quelques mots, si jamais je ne jette d’amarre, si j’éclate en sanglots ou m’éclate de rire sans raison ni propos, si je me laisse flotter presque transparente à la surface de l’eau, c’est pour le vent, pour le vent.
Dépose-moi sur tes lèvres,
Recueille mon souffle
J’ai jeté au ciel
Les graines du sommeil
Les graines de l’été
Les graines de la mort
dépose-toi sur mes mots
comprends mes volutes
transperce l’émoi
j’ai embrassé le vermeil
de tes doigts, de ma bouche
découvre mon épaule
ma main dans la tienne
dépose-moi sur ta couche