Je ne suis pas un auteur
il ne m’importe pas d’apposer mon nom
aux pieds des mots
que mon cerveau aura rencontrés
par pudeur
ils ne m’appartiennent pas
Je ne ferai pas de vous lecteur
un voleur
Je ne suis pas un auteur
il ne m’importe pas d’apposer mon nom
aux pieds des mots
que mon cerveau aura rencontrés
par pudeur
ils ne m’appartiennent pas
Je ne ferai pas de vous lecteur
un voleur
Je ne lis ni les modes d’emploi
ni les lois
je ne puis bien me tenir entre deux lignes
les choses se doivent d’être simples et limpides
pourquoi me faudrait-il cacher mon cœur derrière un sens
je ne marche jamais dans le bon
je m’égare à chercher le meilleur
ouvrir vos tombeaux me fait peur
je préfère la compagnie des spectres moqueurs
qui rient
la nuit dans les forêts où les ombres
allument des incendies.
Il faut que j’avance alors que ce qui m’entoure me terrorise. Le monde qui m’entoure, je n’en comprends que l’horreur. Je ne lui approuve pas ses manières et rejette sa logique. Il me heurte, me brise, me révulse. Il me force à ne pas être. Le monde est négation absolue, forme noire et gluante. Ses lois changent constamment selon que cela l’arrange ou pas. Il ne produit que des soldats, des pions, les pièces d’un échiquier. Il les jètera toutes dans le même brasier.
Je n’ai pas d’autre choix que celui d’une marche forcée vers l’une de ses portes. Je tremble, j’ai peur, j’ai froid. Je suis suspendu à mon poing qui frappe et supplie. “please, open the door”.
Ses portes, vous, vous n’ignorez pas comment les ouvrir. Vous avez les bons trousseaux de clefs. vous trouvez les bons accords, les mots qui ouvrent les voies. Moi, je me limite à patienter, à dompter ma terreur, à trouver le silence, à attendre la paix. Je suis suspendu à une horrible peur, ma conscience. Je sais que je ne peux répondre à aucune de ses questions, correspondre à aucune catégorie et ne suis pas de taille. Pour satisfaire, il ne me faut pas être, mais faire et avoir.
Derrière les portes, il n’y a rien. Rien d’autre qu’une nouvelle porte. Fermée. Si par bonheur, elles s’ouvrent. La lumière provisoire ne me rassure pas toujours. Elle se refermera et me jètera dans le noir, me crachant une nouvelle fois: “tu n’es pas”.
Le monde, votre monde n’a que des portes. Fermées à clefs. Je ne peux en faire le tour. S’il ne tenait qu’à moi, si j’avais d’ autres choix, je ne me suspendrai pas au fil fragile de la prière et de la supplication. Je m’en irai en vous disant: “non, je n’en veux pas.”
La pièce est plongée dans la pénombre et elle regarde vaguement, dehors, par la grande baie vitrée. Elle se tient à l’écart. L’allumette qui allume sa cigarette éclaire quelques secondes son visage d’une clarté orange. Ses traits sont secs et froids, sans réelle beauté. Ses yeux sont brillants, souples et doux. Le col de sa veste est remonté. Elle regarde sans chercher à comprendre. Un homme semble lui parler. Il fait des allées venues dans la pièce, passe d’un endroit à un autre. Il ressurgit de la pièce d’où provient un peu de lumière. Sans doute une cuisine où le café est prêt, où les tasses sont sur la table.
Elle semble ne pas l’écouter. Elle ne parle pas. Ne s’adresse plus à lui. Elle se contente d’être là. De fumer sa cigarette. Elle se détache non seulement de lui, mais aussi de tout ce qu’il peut lui dire. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il peut bien lui dire ? Il lui parle de son travail, de ses collègues, de son impossibilité à les mobiliser pour aucun combat. Il doit lui dire qu’ils sont comme des veaux qu’on mène à l’abattoir. Il s’emballe souvent contre l’abdication, contre l’absence de conscience. L’individualisme et l’égoïsme, la libéralisation à l’outrance le révulsent. Le blessent, le désolent.
Ou alors, Il doit lui parler de ses boutons de manchette, du service impeccable de ce nouveau pressing en ville, du sourire de la vendeuse, du succès de cette affaire. Il doit lui dire que désormais c’est là et là seulement, qu’il ira porter ses chemises. Il lui parle de son père, du cancer qui n’en fait qu’une seule bouchée. Il dit que son père est bouffé par les mêmes vers que ses livres. D’ailleurs, il se demande ce qu’il va faire de tous ces livres, une impressionnante collection de vieilles reliures. Il faudra qu’il se renseigne sur la valeur de tout cela. Son père n’en avait jamais assez. Il s’acharnait continuellement à traduire, traduire de ces ouvrages ésotériques que personne ne lit quelque soit la langue dans laquelle ils sont écrits. Il préférait rester assis des journées entières, le dos courbé sur ces bouquins comme d’autres le courbent pour la houille dans les mines.Le résultat est le même, on y perd la santé.
Il doit lui dire : « viens, viens t’asseoir au moins, pour prendre une tasse de café, qu’est-ce que tu vas faire, aujourd’hui ? » Il lui dit que ces jours-ci, il devrait recevoir les devis. Il a l’intention de refaire la chambre d’ami.
Elle se demande pourquoi les gens autour d’elle, trouvent toujours quelque chose à dire. Quelle espèce de joie, peuvent-ils éprouver à parler à ainsi? Où puisent-ils toute cette énergie ? N’y aurait-il qu’elle à se sentir comme un canard boiteux parce qu’elle reste silencieuse?. Elle pense. Elle se dit que les mots ne viennent à elle, que quand elle se trouve devant une feuille de papier, ou devant son clavier. Elle se dit qu’il est impudique de parler ainsi. Mais surtout, elle sait que ses idées prennent du temps pour trouver le chemin des mots et puis ensuite celui des phrases. Elle vit constamment en décalage. Quand elle se trouve face à un visage, elle a envie de ne rien dire. Car elle n’a pas envie de partir à la cherche d’un sens. Elle se sent trop captivée par la lecture de ce elle a devant elle. Un cil, une bouche, les dents dans la bouche. Les yeux. Les yeux la fascinent. Peut-être parce qu’on lui a appris enfant à ne pas regarder les adultes dans les yeux quand ils parlent. Peut-être pour le mystère de cette interdiction.
Elle se dit : « j’aime, avant tout, lire. Lire l’autre, est-ce l’écouter ? » Elle ne donne jamais l’impression d’être présente, car elle écoute sans pouvoir répondre. Pourtant elle se sait être comme une éponge. La chambre d’amis, pourquoi voudrait-il la refaire ? Sa chambre à elle, voudrait-elle la refaire ? Non, elle n’aménage jamais que son espace intérieur, ses rêveries. Pour ce qui est du concret, elle s’en remet à lui, entièrement à lui. Il choisit tout, s’occupe de tout, gère tout. Cela lui est bien égal. Tout ce dont elle a besoin, c’est d’un endroit calme, lumineux, silencieux, où l’on ne parle pas. L’endroit où l’on peut être seul sans avoir à se couper du monde.
« Mon espace intérieur, » se dit-elle, « est un ciel où les oiseaux sont comme la mire brouillée d’un poste de tv resté allumé, sans perspective. C’est un ciel rempli d’oiseaux migrateurs. Et je n’ai envie que de voyages. »
Les quelques minutes qu’il me restait ont été passées à m’imaginer la vie d’une inconnue à peine entrevue dans la clarté d’une fenêtre à peine éclairée. Je n’ai pu qu’apercevoir qu’une silhouette dans le noir. On dit souvent qu’avant de mourir on voit sa vie se détricoter très rapidement, pourtant, moi, je n’ai vu qu’elle. J’étais en retard, c’était une aube à peine réveillée d’une nuit sans étoile, le froid se frottait déjà les mains, et tapait du pied. L’eau du lac était huileuse et noire. J’étais distrait et lui, il était ivre. Si j’avais pu tourner la tête comme j’avais l’habitude de le faire, j’aurais vu son bolide qui arrivait sur moi dans une allure qu’il ne maitrisait pas. Mais non, je rêvais. Je rêvais d’être elle. Elle, sur le point de prendre une décision, la décision de sa vie.
J’ai senti ma tête heurter violemment le sol, la douleur me tenailler et j’ai eu peur lorsque j’ai senti que j’allais mourir.
Entre ta cuisse
Et
Ton sexe
Dans cette calanque
Où les flots viennent
Se retrouver , les chevaux de mer s’abreuver de beauté
Sur cette parcelle doucement méconnue
Je mets ma bouche je pose mes sens
À la lisière dessinée tout en bas
De ton ventre, ma langue
Ma caravelle tendue s’avance
À la recherche
D’une archipel de points dorés
ma proue aborde les eaux troublées
bouillonnante
Ta première île me donne faim.
Mes lèvres dévorent ses rives émoussées
engloutissent les sucs et la chair d’un fruit insolent
se hissent au sommet d’un volcan.
Volent
Un petit rubis palpitant,
Un poisson frétillant sous les lames
d’une avalanche
« Si vous recevez une lettre venue du fond d’une île perdue dans le grand cœur des océans, et écrite par une main dont vous ignorez l’existence, êtes-vous bien sûr que ce soit un inconnu qui vous écrive et n’éprouvez-vous pas, dans le moment que vous lisez, sur l’âme qui vous rencontre ainsi (les dieux savent seuls dans quelles sphères) des certitudes plus infaillibles et plus graves que toutes les certitudes ordinaires ? Et, d’un autre côté, croyez-vous que cette âme qui songeait à la vôtre, au hasard de l’espace et du temps, n’avait pas, elle aussi, des certitudes analogues ? Il y a de toutes parts d’étranges reconnaissances, et nous ne pouvons pas cacher notre existence. Rien ne semble jeter sur les liens subtils qui doivent exister entre toutes les âmes un jour plus spécial que ces mystères qui accompagnent l’échange de quelques lettres entre deux inconnus. C’est peut-être une des étroites fentes, (misérable sans doute, mais il en est si peu que nous devons nous contenter des lueurs les plus pâles,) c’est peut-être une des étroites fentes dans la porte des ténèbres par où nous pouvons soupçonner un instant ce qui doit se passer dans la grotte des trésors qui ne furent jamais découverts. »
Maurice Maeterlinck, « Le trésor des humbles »
Au-delà du sens accordé aux mots par ceux qui écrivent les dictionnaires, au-delà des mots qui tentent de donner un sens aux images qui flottent dans mon cerveau, il y a pour moi, un vertige, une étrange sensation, un éternel questionnement. Un doute. Un chaos.
Les mots ont un sens qui me fait parfois chavirer, certains mots me révoltent et me donnent la nausée : ceux qui permettent d’enterrer quelqu’un de son vivant, les maux du préjugé.
Viens-là, dans le creux de mon bras, dans le pli de mon corps, ce petit nid pour toi. J’ai reconnu ta voix à la façon dont tu es sorti de moi. À ton cri, à tes doigts, à tes paumes de batracien, petit cœur, à ce duvet qui faisait que tu es, enfin.
Tu ne seras jamais un de ces gladiateurs, tu seras vainqueur de bien plus tendres combats, petit cœur. Il faudra que tu sois toi, rien que toi, petit cœur. Ta chair est crème et ton odeur est de lait. Ton souffle est si vrai. Pourquoi faudrait-il être seulement si cela plait, prêt à se faire emballé dans la boîte d’un symptôme qui ne ferait de toi qu’un triste fantôme ?
Toi, petit cœur, tu te tiendras debout, tu ne marcheras que sur tes propres pas, habillé par nos rires et nos pleurs de joie. Toi, petit cœur, tu rentreras dans le jour en lui faisant la cour, en lui tirant la langue, en lui vantant ton silence.
Viens-là, petit cœur, tout contre le mien, appose ta petite rose sur la pointe de mon sein. Battons ensemble à ton rythme, laissons-nous vivre en chœur.
J’ai oublié mon cahier, j’ai oublié le refrain des chansons, le nom de mon voisin. J’ai oublié le chemin que j’empruntais pour me rendre à l’école, j’ai oublié le nombre des années, le chapelet des punitions à répéter. J’ai oublié comment c’était le premier jour, la couleur de mon pantalon, avais-je déjà des lunettes ? J’ai oublié combien de fois j’ai pleuré et déchiré mon veston. J’ai oublié que j’avais peur dans le noir, combien de billes j’avais gagné, combien d’élèves nous étions.
Pourtant, je me souviens de sa main dans la mienne, de mon grand-frère champion de natation, de l’odeur de la soupe avant 11 heures, de la crème du lait à 16 heures. Je me souviens du timbre de la voix du professeur, de mon ballon sur le toit. Je me souviens de maman, belle et fière. Du sourire des soleils cueillis dans le jardin.
À chaque fois que j’ouvre un nouveau livre, je me demande, va-t-il sentir le bois comme celui-là. À chaque fois que j’entends courir derrière moi est-ce Pierre qui vient me montrer sa nouvelle collection? Est-ce le chat qui attrapera celui qui n’est pas perché?
Dans mon ventre il y a une balle
Une balle transparente
Et elle tourne tourne
Dans mon ventre il y a une tête
Une tête d’épingle
dans mon cœur il y a un animal
qui rampe et qui pleure
dans ma gorge il y a un essaim
d’abeilles
sur le sol le foulard qui couvrait un frisson