Caractères

Hier, j’ai écrit 290 mots dont je ne sais quoi faire. Je n’ai songé à personne en les écrivant. Résultat: ils restent là, sans plus me parler, sans que je n’ai plus envie de les lire et de les retravailler pour qu’ils prennent corps et formes. Je me suis promis de ne plus rien détruire de donner à lire. Tout.

Je constate que je promets l’impossible. 290 mots qui parlent du plaisir que propose sous certains atours la souffrance. Celle qu’on reçoit comme celle qu’on donne. De quoi me faire enfermé dans de nouveaux préjugés par tous ceux qui n’ont jamais osé ces fabuleux excès et qui ont honte d’en rêver. De quoi peut-être me faire enfermée tout court. Bannir de nouvelles fois, ça c’est certain.

290 mots bourrés d’équivoques. 1691 caractères qui dévoilent 0,00000002% du mien. Du moins c’est que je prétends pour me sauver.

Fins fils

Il m’arrive bien souvent de comprendre à quoi se rattache mon existence. De mesurer avec finesse, les énormes distances. J’ai beau me tendre de toute mes forces, mes gestes sont à peine perçus lorsqu’ils sont vus. L’écartement de pétales pour le soleil, l’exubérance d’un pistil qui ne peut rien face aux sécateurs mis à la disposition du monde, font soulever les épaules, soupirer en jetant les yeux aux cieux: « mais encore ? ».

Je ne puis rien d’autre que cela, la progression presque muette de quelques pieds, de quelques lettres.

Cela

me désespère.

Non pas l’absence de reconnaissance, je m’en moque. Je ne saurai quoi en faire, si ce n’est la mettre dans ma cheminée pour allumer un quelconque feu.

Mais ma faiblesse. Ma faiblesse.

Cette tyrannique ignorance.

Quand la nuit surgit

 

Version n°1

Elle défait lentement le jour

éteint les contours tour à tour

Elle déploie sa robe de soie

Et moi impassible je la crois

c’est ainsi que pas à pas

De seconde en seconde

L’ espoir sourd et capricieux

du monde lumineux

infiniment sombre

La chose devient l’ombre

La lumière ne tient pas la promesse

comprendre et  correspondre

les paupières closes

sans bruit

la nuit progresse

Version n°2

Elle déploie sa robe de soie

Et moi impassible je la crois

Le ciel dans sa main s’épanouit

Je deviens follement envie

Elle défait infinément le jour

me couvre de son velours

je l’attends

elle m’oublie

les paupières closes

sans bruit

la nuit surgit

Violacée

Son œil est un de ces miroirs sans teint, où quand je m’y mire, c’est mon âme qu’il me vole. Il rôde la nuit, guidé par ses instincts affamés de chair, avides et veules. Si j’émets le moindre mouvement, il le détecte et se jette dessus pour se l’accaparer. Son corps entier prend appui sur le mien et tente de m’écraser, de me broyer, de m’engloutir. Ma peur est étouffée avant qu’elle ne se mette à crier, par sa main, comme une raie géante sur ma face. Si je tente de m’évaporer par les larmes, il grogne, il râle. Il m’arrache.

Au moyen d’une truelle, il rempli mes entrailles de son immonde bave. Entre mes jambes, il remue et s’agite avec toujours plus de hâte Il pue, il est laid, il est monstrueusement plus fort que moi. Il est sale. Lorsqu’il m’a labourée et rognée jusqu’au sang, il s’en va et quitte ma chambre. Le seul flux qu’il me crache qui ne soit pas son déglutis infâme, est « sale pute, si tu parles, je te tue ».

Parler, je les laisse parler et jamais je ne leur dirai quoi que ce soit, sur moi. Ce qu’il peut parfois pleuvoir et faire noir et comme souvent j’ai peur, j’ai froid.  Le jour, repu, ce requin n’est plus qu’une menace. Je lui coupe toutes ses nageoires, aucune de ses paroles n’est plus forte que mon mépris et mon silence. Qu’ il nage parmi tous ces autres cons de poissons et ces algues, comme si de rien n’était. Moi, je vais vers les profondeurs océanes. Où la mer devient ciel et où les mots sont de fines particules qui flottent sans que rien ni personne ne les brise ou ne les remplisse de boue. Cela fait très longtemps que je ne suis plus ni fille, ni garçon. Que je ne hais plus personne. Ils n’ont gagné que mon indifférence.

J’ai tiré un trait. Un trait sur ma parole. À l’école, je m’arrange pour avoir les notes qui foutent la paix et des quelles on ne dit rien. Je passe. Cela  leur suffit. Ils ne s’intéressent à rien d’autre que “la matière”. “connaissez votre matière”, « j’en ai terminé, avec la matière de ce trimestre” “c’est une matière difficile, je vous préviens”.  Ce sont tous des invertébrés, qui ne sortent sans une carapace de préjugés. C’est leur marge de sécurité. À la moindre menace, ils rentrent et se cachent. Une coquille, une flopée de coquilles multi-couches, font que jamais, ils ne se montrent tels qu’ils sont réellement: matière molle.

Moi, je porte en mes flans la vie, tout comme les hippocampes. Des petites vies sans coquilles. Tenaces, friables. Je suis un coffre fort si petit qu’il n’en n’existe pas de clef. Une suite magique de nombres m’ouvre. Pas n’importe quels nombres. Tous parlent. Tous sont là pour une date. Un fait. Un souvenir. Une catastrophe. Une succession incontestable, inéluctable de nombres. Des phrases entières, des colonies de guerrières qui avancent. Rien d’autre n’est plus logiquement effroyable. Rien d’autre ne répond en silence à toutes les crapuleries de la vie que mes cahiers, comme des colliers de perles, remplis de nombres. Aucun d’eux, ne se cache derrière son ombre, aucun d’eux n’avance à pas de double sens.

J’ai commencé à collectionner les nombres et à les inscrire dans mes cahiers, dés l’âge de 6 ans. Mes étranges collections répondent à une nécessité: comprendre. Comprendre, au point d’engloutir avec frénésie, tout ce qui me tombe sous la main. Je lis avec le même entrain, les ingrédients d’une boîte de céréales ou le roman pris au hasard sur une des étagères de la bibliothèque. Il me plait d’établir des connections d’engendrer une logique que le monde tel qu’il se présente à moi, n’a pas.

Ma faim encyclopédique me fait repérer avec minutie, ce qui est susceptible de servir de nourriture à mon “monde”. C’est ainsi qu’ils ont choisi d’appeler mes rêveries. Un jour, j’ai surpris ma mère tournant les pages d’un de mes cahiers ouverts sur mon « monde ». J’aurais dû me révolter, lui arracher les yeux ou les cheveux de la tête. Je n’ai rien fait. Elle l’a remis en place, sans jamais rien changer au train de sa vie. D’après moi, elle se laisse sous-vivre, comme tant d’autres. Aucune envie de comprendre n’altère sa sous-existence. Je n’ai donc nul besoin de la haïr. Elle déteste et renie la vie bien mieux que je ne pourrai jamais le faire. Elle baigne dans le même liquide que le porc qu’elle voudrait que je considère comme mon frère. Ils mesurent l’ampleur de mes troubles et de ma folie. Ils accusent le hasard, la malchance. Jamais ne germe le moindre soupçon sur l’aberration de leur propre vie. Par trois fois, ils m’ont fait interner. Toujours, je me suis échappé. La dernière fois, j’en ai gardé une tache violacée sur la rotule. Elle ressemble joliment à un 8 couché sur le ventre.

L’envol

Le souffle suspendu dans l’élan le souffle
Susurre au présent ses caresses son doute son néant
à présent comme s’il n’était qu’un gouffre

éparpillé par je ne sais quelle bouche
Le souffle suspendu dans l’élan le souffle

Vous de vos mains comme des voyelles
Vous éparpillez étonnamment les peines
Pour surprendre ma bouche mon oreille
Au détour du doute et de la caresse pleine

Vos parfums habitent désormais mon palais
Je suis dans l’arène sans que j’en souffre
à présent je peux déployer mes ailes
Le souffle suspendu dans l’élan le souffle

Choisir

Laisser faire le hasard

Parcourir les chemins du petit bonheur la chance,

n’écouter que les chuchotement de

ce muscle qui remue dans la cage thoracique ?

se méfier  du on dit que

tenter une imprudence.

 

mesurer ses gestes par ces savants calculs.

laisser agir la raison.

se faire tenter par les fruits mûrs de la réflexion.

 

finalement, il n’y a qu’une infinité de merveilles

qui attendent votre geste,

l’actionnement simple et discret

d’une petite phalange.

 

Au zoo

Degré de difficulté : 5 étoiles. Pour ceux qui ont le goût du risque et pas la peur du ridicule. Résultats aléatoires.

 

a)     à celui qu’on dirait un boucher, à celui qui nettoie sa voiture tous les dimanches, à celui qui a toujours les mains rouges, à celui qui tire la gueule, à celui qui gare sa voiture sur le passage piétons ou sur le trottoir, à celui qui est toujours bronzé, à celui qui promène son chien, à celui qui fait trop de bruit, à ce facho, non, pas à celui-là, à ce macho, non, pas à celui-là non plus. Enfin, je vous laisse choisir la personne qui ne vous ressemble pas, mais pas du tout.

b)    Faites-lui un signe sympa, un bonjour de la tête ou quelque chose comme ça. Attendez. (pas trop longtemps).

c)     Poursuivez votre journée en pensant finalement que sur les autres vous vous faites des idées.

Les billes

Parfois, il m’arrive de croire que les mots sont des billes colorées qu’on a dans les poches, qu’on les lâche sans vraiment pouvoir maîtriser leurs trajectoires, cela étourdi. Voilà pourquoi mes question flottent indéfiniment…..voilà ce qui me fait peur et m’amuse à la fois, voilà ce qui fait de moi un funambule.

Sans E



Pas de flamme pas de feu ni de fleur

Pas de femme pas de félin

Pas de folie ni de liqueur pas de cœur

Ni de voie et de voile

Pas de licorne pas de prés

Pas de prétexte pas de sous-titre pas de lumière pas d’allumette

Pas de veine pas de lune ni de chaleur

Pas de rivière ni de lisière aucune aile aucune allée

Aucun ange

Ni ta venue.

Le bide

 

Un poème en 6 conneries vous salue.

1

Avale l’œil agar

L’algue gluante

Egare la mante

Qui te sert de mare

2

Les vers rancis rongent

La cloque noire et puante

Partage vaguement en trente

La cervelle qui te sert d’éponge

3

Avale gobe enfonce

Personne ne veut que tu fonces

Garde tes yeux derrière le dos

Dévale défonce débite tes propos.

4

Et puis éteins dans les bistros

Tes vingt ans de vieillard

Tes lignes qui n’ont rien à boire

Et puis viens-là ou plus tôt

5

Dans un coin

Comme un chien

Pisse, chie, vomi

Dans un lit

6

Tu trouveras la vanité pour t’aimer

Tu trouveras l’ennui pour saluer

Tes nombreux talents et ton vide