La secousse 

Était-elle celle 

Du monstre marin dont la crête ressemble à ce rocher qui effraie les vagues 

Était-ce son réveil ou la chute brutale 

D’une étoile en mer 

Quelque part entre terre et abîme 

Inaccessible aux mortels 

À ceux dont le rêve s’est arrêté de grandir

Était-elle la première étincelle 

qui met le feu aux vagues

Jusqu’à ce qu’elles rugissent pour 

Atteindre cet endroit où autrefois 

L’humanité plaçait son âme 

Était-elle solidement ancrée dans le 

Cri de celui qui crève 

Et qu’on refuse pertinemment d’écouter 

Cette chose imperceptible qu’on appelle poème 

Aux dernières nouvelles mais ils n’en sont pas certains l’objet volait à 600km/s avant de s’abîmer 

Au large au loin 

Juste avant d’atteindre l’atmosphère de la planète que nous occupons

Sans la moindre réserve.

Variations

Naumann, Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, 1905

Les cinq jeunes arbres portent
comme un bouquet un amas galactique
de feuilles et de fleurs où chaque fleur
deviendra une prochaine étoile 

gravitera autour d’elle un univers de frôlements
de minuscules planètes et
tellement de pupilles

d’une extrémité à l’autre de l’amas galactique
ondoie un reflet qui ressemble à une partition

comment cerner la beauté de cette phrase

au loin une grappe de fringilles grignotent le silence

une tourterelle modèle un appel le merle reprend indéfiniment la phrase
sans jamais se satisfaire des différentes versions
il y a toujours une inclinaison qui échappe  une nuance que personne ne réussit à traduire

que transmettez-vous se questionne le souffle d’avant le sommeil
et comme par miracle
Le reflet disparaît

Oeil de chat

Un demi-soleil 

Un plein ciel

Un quart de nuée blanche 

Un tiers de verdure

Un sixième de silence de source 

Un plein sac de billes œil de chat titillées par le merle en habit d’apparat 

Le repos bien mérité du chat 

La petite forêt

©cc

La parcourt comme une rivière noire 

Le long de la colonne vertébrale 

Une voie aux ramifications que miroite par vagues fauves une prairie sauvage 

Limitée seulement par le feulement d’un orage 

La forêt élastique montre parfois les griffes 

Nacre des roses

Dispersion de ronces et de fougères rousses

La forêt est de mousses on y a renversé la lumière comme un grand verre de lait

Elle nous écoute et comprend qu’il vaut mieux se taire et ronronner 

Elle gère tellement mieux que nous la paix

Le rocher rongé

 

Les mousses et les lichens ont abandonné leurs écritures sombres

ces lettres griffues et ces syllabes d’ombres ne deviendront jamais des mots à l’usage brutal des humains 

pour se parer de verts et de bleus

identiques à la mer se mirant dans l’orage 

Mais toi tous les jours de ton pas souple et noir doucement tu l’effleures

le rocher reste sur ton chemin

pourquoi le contourner

ton âme petite comme un pétale
reste blottie dans ton regard
même si elle se retourne vers le passé 

Demain il n’y aura plus de flaque où regarder le ciel et ses nuages pour estomper la soif 

Sitelle corse

Mike Prince from Bangalore, India, CC BY 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by/2.0, via Wikimedia Commons

elle n’est pas une cithare
un instrument à cordes pincées

ni même à cordes frappées
 
elle est peut-être l’instrument du vent
un instrument à bec

et à plumes

ce qui s’écrit est tout petit
douze centimètres et tout est dit

sans jamais mettre un point
à l’infini
du bec comme une épine jusqu’à l’oeil et même un peu après
coule l’encre noire joueuse

jusqu’à ce qu’elle rencontre cette partie bleue du ciel

Pour regarder le monde elle le renverse
elle bouleverse l’univers depuis la cime d’un pin laricio

Trois chats

Le premier semble noir mais
son pelage est plein de nuances grises
et acajou

Le deuxième est tigré robuste
et doux

Le troisième a les yeux en amande
le bout des pattes blanc
quelques coussinets roses

Les trois chats dorment en ronronnant
occupant leurs places respectives


Chacun a la plus grande considération
pour la liberté
de l’autre
même si elle est exigeante

Les trois chats comme des points sur les i
chacun son île et
son réservoir de silences rempli

Monotone

elle se penche mais avant de boire
le courant d’air frais
elle sonde le monde
savoir si
il recèle quelque chat volant
quelques serres ou bec tranchant
quelques cris cruels

souvent elle se contente d’une seule
gorgée qu’elle emporte 

dans une mélopée que longtemps
à l’avance elle avait composée

en partant du silence qui inonde son coeur

et d’une saveur particulière
le fruit rouge du lentisque


Nocturne

©cc

La nuit tombe et
toi tu pousses un chant
qui élargit l’âme
à la manière des peuplades anciennes
qui occupaient les montagnes

suave nostalgique et qui ne se laisse
jamais décevoir

la nuit tombe et

tu pleures à faire déborder
le coeur posé à l’orée de l’arbre
peut-être sur l’une de ses dernières branches

la nuit tombe
le jour ne se relèvera pas
avant quelques heures
et toi tu pousses jusqu’à l’infini
un cri qui suspend le temps

comme s’il n’était qu’une vague
relayant une autre vague 

jusqu’à ce que chacune se transforme
en écume


Petit-duc-scops