Auteur : lievenn
Trois soleils
Il est né dans une bulle de neige
Les yeux refermés sur lui-même
il a ouvert sa main ses doigts sont
comme les bras d’une minuscule étoile
Il est resté attaché au ciel
par un fil si long
et si fin le cheveu d’une fée
Mon petit frère
J’ai dessiné trois soleils pour lui faire la fête
Un pour chatouiller la neige
un pour le regarder de loin
et un pour se taire
Il est le fil d’Ariane
pour parler aux comètes
pour jouer à la balle
Les moustaches des chats et les épines qui font mal
il les a apprivoisées par ses rêves
Bleu-noir est la couleur qu’il choisit
pour amuser les planètes et les montagnes
Il fait manger du miel
aux araignées et aux épouvantails
mon petit frère quand il dort
Sa main près du menton son corps comme un bonbon
il dort pour attraper les poissons
pour arracher une à une toutes les épines des buissons
il sent le lait
il sent la larme secrète
tchouler
Belle tronche
Mots moches
C’est à qui plonge
C’est à qui pioche
Belle partie
Mots tronqués
C’est à qui pétille
C’est à toi de trinquer.
Le bide
Un poème en 6 conneries vous salue.
1
Avale l’œil agar
L’algue gluante
Egare la mante
Qui te sert de mare
2
Les vers rancis rongent
La cloque noire et puante
Partage vaguement en trente
La cervelle qui te sert d’éponge
3
Avale gobe enfonce
Personne ne veut que tu fonces
Garde tes yeux derrière le dos
Dévale défonce débite tes propos.
4
Et puis éteins dans les bistros
Tes vingt ans de vieillard
Tes lignes qui n’ont rien à boire
Et puis viens-là ou plus tôt
5
Dans un coin
Comme un chien
Pisse, chie, vomi
Dans un lit
6
Tu trouveras la vanité pour t’aimer
Tu trouveras l’ennui pour saluer
Tes nombreux talents et ton vide
Asticot
Qu’on me rit ou qu’on m’envie,
Larve ou vers c’est ma vie
Je rogne ou je grogne
Mais quand vient l’heure
Où la mort astiquée cogne
Et fait mouche et t’apeure
Ce n’est plus moi mais toi
Qui sert de verre et d’appât.
L’âme en laine
L’eau est une encre noire et huileuse qui ne fait place qu’au doute. Elle a mis ses mains sur mon épaule et murmure un je t’aime à l’os de la clavicule. Ce qu’elle ne sait c’est que l’intérieur de mon chœur est noirci par les incendies du désespoir. Que ma nef est friable comme la poudre colorée des ailes du papillon.
L’eau est tentaculaire, elle module les petit-matins et l’air comme de friands enfants innocents. L’eau est un courant qui me prend par le bras. Viens, ici, toi.
Elle est le bouton de fleur, endormie au milieu du lit, dans la crème de nos draps.
Ce qu’il me faut de force pour fleurir blême, à la surface des lacs. Mon corps est une tige qui ne boit jamais le jour et mes pieds ont trouvé racine dans la vase des nuits. Comme la mie, elle s’offre au silence qui s’en va, qui emporte sa douceur rayonnante sous ses pas. Sa chaleur enfin se déploie.
L’eau est une fleur lisse qui me prend par la main. Entends ses pleurs entre les prairies aux premiers vols des derniers migrateurs.
Elle est elle et tout ce qu’elle est. Moi, je la suis, langoureusement. J’étale à la surface laiteuse des heures affamées, mes feuilles comme des palmes.
Tendrement
La nuit sourit
Et soupire
Tendrement
à l’orée du printemps
sur le bord d’un pétale
caché sous un jupon
le jour est né
il a bu la larme de la pluie
recueillie dans le calice
d’une fleur endormie
Le jour rougit et avance
Comme un géant
complice
En larmes
Comme une pluie de printemps
Qui assaille le sol à coup de gouttes lourdes
En laine
Comme la chanson voyageuse
Des mangeurs de chaleur et d’orgueil
En douce
Ton pas secrètement complice
D’une vague sur un rocher.
1
Lamelle de miel
dans le ciel
la lune
Chère Ana,
Je n’oublierai jamais la première fois où je t’ai vu, on aurait dit un spectre. Tu me faisais peur tant tu étais maigre. Accroché à ton bras, un Baxter sur roulettes faisait le bruit d’un chariot. Partout où tu allais, tu avais toujours à tirer derrière toi toutes tes plus tristes histoires. L’unique chose qu’on avait à te dire c’était : allons, mange, tu fais pitié à voir. Qui donc a essayé de te croire ? Qui donc a osé pousser les réflexions au delà des lieux communs et des banalités. Tu serais cadavérique parce que tu le veux bien ?
La nuit j’entends encore tes supplications, tes pleurs et tes non. Il n’était plus alors question d’avoir pitié, il fallait que tu avales et que tu laisses malgré toi planté dans tes veines l’épine, la nourriture obligatoire. Tu te rongeais, Ana, de secondes en secondes. Tu te cachais, Ana pour aller vomir notre monde dans le noir. Jamais, je n’ai pu comprendre pourquoi, à cause de toi, on rendait les miroirs muets. Ce n’est pas toi qui refuse de voir.
