Si j’étais fluide
je ne mangerais pas la lumière je pourrais la laisser couler
Je me moulerais au temps
je goûterais
Mon coeur pourrait se battre dans les noyaux des cellules
et trembler sur la peau des fleurs
aux sons de tous les parfums de la terre
je me dissimulerais me dissiperais comme les brumes
comme les matins chagrins de la nuit sans lune
je serais la perle des heures
la goutte de soif
la transpiration du volcan
je vous regarderais et m’affolerais
de vous savoir
tellement immuables
tellement certains
Je danserais pour enlacer vos regards
vous recouvrir de pleurs
et mes paroles
dénoueraient mes pensées pour s’écouler en flots
j’inonderais les silences
je n’arrêterais pas de fuir
Mais je ne suis pas fluide Je suis un bloc une masse un tronc tentaculaire et rongé par les vers
je ne me plie pas sans me briser
et je stagne.