J’avance et je sais que tu es là, près de moi, posant ta main légère et blanche sur mon épaule. Je ne te vois pas mais pourtant, je sens que tu me regardes en souriant. Tu ne perds plus une seconde. Je fredonne en hésitant.
Tu lis mon âme. J’oublie tes larmes. Reconnaîtrais-je encore ta voix ? Je sais que le ciel brillant combat le froid rien que pour moi, qu’il trace sur le sol des brindilles vermeilles à cause de toi. Je sais que tu déposeras dans ma paume ta dernière pépite lorsqu’il le faudra. Je le sais, je le sais. Tu enrobes les choses d’une lueur que sans toi, elles n’auraient pas.
Je marche, tu me suis. Tu vois ce que j’ai poursuivi ? Ce que j’ai fait de la vie ? Je feuillette nos souvenirs, je découds le blason de la raison et du bon droit. Je réapprends ton rire. Je danse et tourne en rond. Je m’enivre de jazz, je décroche ta guitare. Je me moque avec toi de tous ces cons de bourgeois, de ce qui est lourd et ingrat.
Je marche, Je marche dans la pluie, dans le froid, dans la nuit. Cela m’est bien égal désormais. Je marche, tu me précèdes. J’abandonne tous les soupirs, je te cède tous mes pas. Je jette ma folie vers le large, je pars. J’avance, je rame. Je sais que tu me regardes, fier, confiant comme un charme.
J’espère trouver enfin cette clairière où tu attends que je vienne souder mon âme à la tienne.


