Comme la mouche

De cette écriture animale et minuscule, j’avance à pas de papillon. Trait après trait. Mes idées me viennent comme les ondes laissées par les gouttes sur les eaux trop tranquilles. Me  faudrait-il joindre vos points qui se poursuivent selon n’importe quelle logique ? Que me faut-il comprendre, qu’à jamais je ne puis être comme vous, lisse et habile ? Je ne m’installerai certes jamais, aux tables de vos fêtes bruyantes où l’on espère sans gêne que cela plaise aux poissons comme aux mouches.

Mes lettres se penchent aux bouts de mes phrases comme aux bords des précipices. Laissez-moi donc me répandre à la dérive ou me pendre à votre lèvre. Chaque pas de mot, chaque signe de lettre, simple ou petit m’entraine à être moi-même. Vous n’y comprendriez rien.

Mes pensées hésitent et avancent comme les crabes. Elles se cognent indéfiniment et bourdonnent aveuglées par la clarté de vos libertés qui ne peuvent les abreuver. Me croyez-vous aveugle parce que je ne vous réponds pas ? Moi, je vous crois sans cœur parce que vous ne me voyez pas.

Vos allusions résonnent comme les bottes des soldats. J’attendrai que votre fier défilé soit passé et se soit lassé d’être si horriblement lui-même. À votre première larme, je me laisserai glisser sur votre page. Je me ferai rivière, onde passagère, vent frisquet. Je n’assassinerai pas l’autre d’un point car je sais que tout être n’est pas ce qu’il parait. Il se cache en deçà. Toute pensée reste à jamais insatisfaite, inaccomplie.

Mon écriture bave derrière mon nom, elle avance en grignotant. Je resterai en grande partie complètement illisible.

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