Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Rembrandt, un enfant apprenant à marcher- source image ici
Il ne reste sur le trottoir qu’un amas de vêtements chargés de sueur et de cendres. Pas de visage, aucun regards. Un abîme.
Un corps mou, sur un autre corps mou, sous un autre corps mou.
Il reste violent et brutal, l’impact de la mort par balle. Il reste la balle tirée par le soldat, tireur d’élite.
Tuer ne suffit plus, tuer ne permet pas d’apaiser sa haine alors on extermine.
Massivement.
Les vermines, les suppôts de satan, du démon, du diable, de l’enfer. Des enfants.
Comment meurt-on quand on est un enfant qui marche la peur au ventre, la faim dans l’oeil, la main donnée au frère aîné pour peut-être se sauver?
On meurt dans la rue,
aux yeux du monde.
On meurt sous silence, sous chape de mensonges.
On meurt par perforation de la peau, déchirement de la chair, éclatement des poumons, noyade du coeur, écoulement visqueux de sang.
On meurt mille fois par seconde.
On meurt de l’effondrement du corps de son père, du corps de sa mère, des corps de ses cousins, de ceux des copains. On meurt de l’effondrement de tout un hôpital, d’un village, d’une bande de sable.
On meurt de l’effondrement du corps de son petit frère
et puis on meurt comme un grain de sable,
tellement altéré, tellement dépossédé qu’on ne finit jamais de mourir.