À la lisière

Les collines ondulent comme une mer veloutée. Les arbres nouent des vœux ombilicaux avec les cieux. Je marche. Là où je vais, il fait bleu et c’est la musique qui goute à goute s’écoule en cascade.
Ma course est saccadée et mon allure bancale. Je n’ai ni yeux, ni bouche pour parler. Je partage les fonds marins avec les baleines, les poulpes et les puissants courants. Si on me touche, je retourne vers ma coquille. Si l’on veut me prendre, je cours comme le vent.
Je souffle, je soulève la soie des prairies. Je prends racine dans les nuages. Je grimpe aux arbres. Les feuilles sont les promesses de l’arbre faites au jour. Les nervures sont ses phrases.
Vos livres me laissent froid, vos cris me rendent sourd, mais la larme qui perle dans une note m’ouvre tous les chemins. Points par points, de graines en graines, de trait en trait, je pends les secondes. J’étire les rêves, je sens, je me sens devenir peu à peu comme ce tout petit rien qui est à naître, L’arbuste en lisère de forêt  qui cherche sa part de lumière.