Tigrée

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La pointe du pinceau

a touché la surface d’un lac noir.

Les remous encerclent le point d’impact

s’écartent jusqu’à ce l’onde réponde 

par une vague et encore une vague et encore une vague.

La petite chatte tigrée arbore avec délicatesse 

cette histoire de heurts

comme une roche répète les strates.

Ce qu’on peut lire reste malgré tout le souvenir d’un souvenir.

La petite tigrée laisse entendre que la pointe du pinceau, les soies proviennent de sa queue:

contrée extrême de sa beauté,

au-delà des crocs,

au-delà des griffes,

en deçà de la pupille et de l’iris,

rayure après rayure

après rayure.

Une ombre dans le regard 

À Dodo

La tache apparaît au centre de la page 

Comme si on voulait gommer ce qui s’y trouve 

Les mots flous 

Les phrases mutilées 

Le sens s’égare autour du puits sombre 

Le monde vacille tremble t’étonne 

Tu te surprends à dormir pour oublier cet ulcère 

Tu en perds des larmes alors que s’opacifie 

L’une de tes perles d’ambre 

On ne peut plus boire à l’onde verte de ton regard 

Mais on peut encore y voir ton âme nager sous la surface

Souple comme les velours d’une carpe koï

Trois chats (suite)


Si l’on regarde 

De plus près l’une de ses soies

On s’aperçoit 

Qu’elle ressemble à la brindille 

Qui fuit le feu 

À la fibre qui défie souplement le temps 

Blanc noir sont côte à côte forment un duvet 

Semblable au vêtement brumeux de la lune 

À la fibre qui se défait du mot

Et dévie vers le vide 

D’une appellation 

L’écriture de soi qui englobe le cri et 

Oublie tout le reste 

Crin vibrisse pelage robe 

S’opposent à poil peau pelure

Épiderme à chair charnue 

Vaisseau à charrue