Hier, mon cheval

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hier mon cheval

entendait dans les voix du vent

l’affolement incendiaire de l’horizon

ce qui crépitait dans chaque buisson

l’épine ou l’aileron des vagues

sous son pas le rocher grince et la plage s’efface

il aime tant frôler les roseaux

éprouver la feuille frontière entre estuaire ou marécages 

lorsque l’eau du ruisseau mousse 

jusqu’à l’épaule ou caresse le ventre 

Hier mon cheval crinière d’encre folie entre

Les deux oreilles et dans les jambes le galop et la ruade

touchait du bout des lèvres l’immortelle et son parfum sauvage 

La mer colorait ses crins sa robe scintillait comme le sel ou l’étoile qu’il a dans  le regard 

La petite forêt

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La parcourt comme une rivière noire 

Le long de la colonne vertébrale 

Une voie aux ramifications que miroite par vagues fauves une prairie sauvage 

Limitée seulement par le feulement d’un orage 

La forêt élastique montre parfois les griffes 

Nacre des roses

Dispersion de ronces et de fougères rousses

La forêt est de mousses on y a renversé la lumière comme un grand verre de lait

Elle nous écoute et comprend qu’il vaut mieux se taire et ronronner 

Elle gère tellement mieux que nous la paix

Comme la lune

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En allant chercher le bois

une ombre noire 

était

derrière moi

elle a coulissé vers un buisson

lorsqu’elle a entendu le bruit de pas qui n’étaient pas les miens

En ramassant quelques pommes de pin

j’ai à nouveau croisé le regard

de l’ombre noire veloutée

un regard jaune aux reflets verts fendu par la forme ovale d’une pupille qui brille 

comme la lune

elle me suivait à pas soyeux et souples 

sans jamais me perdre

de vue

comment ne pas se sentir pousser des ailes dans le dos

lorsqu’on reçoit en cadeau la confiance

totale et belle

de l’animal dont on dit qu’il ne se laisse point apprivoiser

Apparaissance

Sa petite fourrure noire sent la cendre et le sous-bois, contient en elle un incendie éteint. La pierre volcanique légère aux reflets d’argent pousse un roucoulement rose, un miaulement de petite fleur et puis se présente à cette nouvelle journée en trois bonds, de l’extérieur à l’intérieur de la maison.

Chaque seconde est un recommencement pour un être tel que lui. La nuit est sa pupille. La lumière la mange et la transforme en filament vert sombre au centre d’une nébuleuse orange.

L’animal a faim et il faut le nourrir afin qu’il cesse de vous poursuivre. Des frôlements ou des feulements, il faut mieux choisir les premiers et récompenser les effleurements ronronnants.

Il mange pendant que tombe goutte à goutte dans la carafe transparente, chaude et odorante, la matière noire sous sa forme liquide et tonifiante.  Le breuvage est prêt mais sa saveur la plus étrange a déjà rejoint le jardin en silence.

Trois chats

Trois chats

Alignement parfait des astres

Planètes et étoiles 

L’un se lèche la patte 

L’autre dort au pied d’un rosier

En fleurs blanches 

Le troisième en sphinx imagine les prochaines énigmes 


Trois points d’équilibre 

Trois lieux infinis où les mots se ronronnent 

Les mondes sont avant tout olfactifs 

Afin que jamais on n’oublie qu’on ne possède rien ni personne 

épine

Mon coeur pointe l’endroit douloureux mais la carte qu’il utilise est floue sans continent comme s’il n’y avait qu’un océan

Mon coeur s’assied sur cette chaise bancale qui est censée nous alerter que quelque chose va mal

Partout, quoique je fasse il ne cesse de me parler de cette épine, de ce gravier, de l’encre noire dont il est fait 

Si je l’écoute trop longtemps si je ne fais pas semblant de ne rien comprendre

de ne pas savoir ce qui le prolonge d’une crampe

il devient ce coeur la chose la plus noire de tout l’univers la chose qui avale presque tout de travers