Elle est revenue. Pendant ton sommeil. Elle a pris une chaise et s’est assise près de ton lit. Tu dormais ou tu faisais semblant, pour ne pas avoir à lui parler. Elle aurait pu te dire quelque chose, te souffler à l’oreille : « Allons réveille-toi ! ». Au lieu de cela, elle a pris ton livre de chevet, a lu dans ton carnet, a découvert ton secret.
Elle aurait pu en rire bien fort, elle aurait pu faire grincer le parquet, réveiller l’angoisse. Elle a tourné les pages, elle est retournée sur ses pas. Et puis, elle est restée des heures sans bouger un cil, sans clore une paupière. Les mains sur les genoux. Sa chemise de nuit semblait comme de l’eau, couler de ses épaules aux coudes, des coudes aux poignets et puis entre les cuisses. Elle était lasse et mélancolique, maladive, perdue. Qu’aurais-tu pu lui dire ? Elle ne t’a jamais vraiment écouté. Elle n’a jamais voulu savoir qui tu étais vraiment. Et puis maintenant, tu dors, tu ne te réveilles pas. Tu sais que son visage est en cire, son cœur de marbre et qu’elle ne t’avouera jamais le moindre sentiment, la douce petite larme qu’une mère devrait avoir pour son enfant, elle ne l’a pas. Elle n’a jamais su pleurer que sur elle-même ou sur le pauvre petit chat écrasé, retrouvé dans un fossé. Elle attendait comme un monstre, que tu te fasses mal et que tu plonges. Ses phrases tournaient court. N’utilisaient que la négation. Elle savait se servir contre toi, du fouet du silence, enfoncer son couteau dans tes plaies, broyer ton plus petit espoir.
Elle ne veut toujours rien te concéder, elle n’est pas revenue pour cela. Elle est venue coller son front en cire contre la peur qui te rend les mains moites. Elle est venue t’apporter son malaise, ses sueurs froides et son ventre pourri qui se tord. Elle a oublié ton nom. Elle se moque bien que tu sois endormis, que ta vie se soit malgré tout poursuivie.
Elle est revenue mais toi, tu dormais, tu rêvais encore. Tu rêvais qu’elle enlèverait son masque de mort et te prendrait enfin dans ses bras.
