Je vous invite à l’enterrement de mon coeur.
Hier, couteau à la main, j’ai pu enfin le regarder dans les yeux et j’ai vu comme
comme il était petit et tordu.
Vert et si innocent
noyé comme s’il avait trop bu.
Comme le poisson sur le pont du bateau, il palpitait pour qu’on le remette à flot
il happait
j’ai couru, j’ai hurlé dans le vide
à l’aide
mais personne n’est venu
je lui ai soufflé à l’oreille
tiens bon
mais il m’a regardé de son seul oeil
à quoi bon?
Son soupir
était si petit
que je n’ai pas su
lorsqu’il est réellement parti
J’aime cuisiner les poivrons. Planter la lame du couteau dans une chair ferme, pas trop juteuse, toujours croquante. Le poivron annonce la couleur sans demie mesure. S’il dit vert, il sera légèrement plus sévère que s’il dit rouge. Une pointe plus amère se devinera dans son goût. Orange, il mettra le feu à vos yeux.
J’aime la peau lisse du poivron, sa seule protection contre les dents. Parce qu’il est brillant, il m’attendrit. J’attends toujours une fraction, je ne choisi pas n’importe quel couteau pour le trancher et puis l’ouvrir. Il me fait craquer en se laissant croquer avant même d’avoir été préparé.
Une fois ouvert, il éparpille ses graines comme des confetti et parfois, il vous fait la divine surprise de se laisser découvrir un petit coeur. Un coeur comme un tout petit bourgeon. Qui oserait le massacrer en y plantant son couteau?
Ce texte m’a été inspiré par l’un de ces petits coeur encore en bourgeon, tué par notre ignorance. Il méritait cet enterrement.