Mon amour,                                                                                                                                Le 2 février 2011

Ce Christ pour lequel on prépare le tombeau, est d’une telle beauté qu’il semble être un prince endormi qu’un baiser ramènerait à la vie. Ce tableau me fait penser à un poème de Rimbaud que tu n’aimes pas: « Le dormeur du val ».

Un même jeu subtil de contrastes, d’allusions progressives à la mort, nous amènent à sonder de manière plus effroyable encore le trou béant qu’elle laisse autour d’elle sans jamais le refermer. Une blessure qui ne guérira pas.

Ce corps à mes yeux, n’est plus celui du Christ qu’on vient de tuer, mais celui d’un jeune homme portant en lui la douceur de la jeunesse, la beauté de la vie.

J’avoue faire une totale abstraction d’une quelconque lecture religieuse et n’en tirer aucune morale.

Lors d’une de ses fugues, Rimbaud a dû, sans doute lui aussi, être subjugué par une scène identique: le corps mort d’un soldat dont la beauté a été raflée par l’aberration de la guerre. R éteint un feu d’artifice de lumières, de couleurs, de sensations d’un seul mot. Ce peintre le fait ici, de quelques coups de pinceau.

Le reste, les fossoyeurs, les mères éplorées, le monde dévasté surgissent alors, avec d’autant plus de vérité qu’elle en devient plus cruelle encore.

Rimbaud applique à la poésie des techniques picturales. Je suis presque persuadée que ses connaissances ne se limitaient pas uniquement à la langue littéraire et à la linguistique. Nombreuses de ses sources devaient être d’ordre pictural…Cette idée avait été avancée également par un spécialiste de R dont j’ai oublié le nom mais que toi, tu as peut-être lu.

ps: Partir du Christ pour arriver à R, il faut le faire! Enfin, tous deux ont vécu une passion!

plus beau ici

 

Photo manuscrit Le dormeur du Val

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