Je suis l’avidité prisonnière dans les dédales tissés de quelques tapis. Je suis cette solitude malade et glaciale qui te suit où que tu ailles. Je suis le froissement d’un tissu, le manteau jeté sur tes épaules et noué à la hâte, à ta taille. Je suis le cuir de ta botte. Je suis ton pas. La poussière qui se soulève espérant fuir dans l’air à l’aube. Je suis les crins de ton cheval. Je suis galop et steppe. Cris et mépris. Je suis la haine qui lèche les plaies, allume les incendies et broie tes ennemis. Je suis ta soif. Je suis le silence qui rode comme ton ombre, affamé et jamais repu. Je suis la puanteur des carcasses abandonnées depuis des mois, cavées et rognées par les charognes. Je suis ce qui s’affole dans tes veines et ronge tes tripes amères. Je suis ta pupille, noire et brillante. Je suis le tremblement à peine perceptible de ta joue. Le dernier bouclier de ton âme, je suis ta peur, Gengis Khan.