Une à une comme les perles, les gouttes de pluie glissent sur sa peau. Désormais plus rien ne la retiendra, plus rien ne l’empêchera d’être elle-même. Elle vient de claquer la porte de la maison familiale et de dire adieu aux conventions sociales et morales, aux carcans des rôles qu’on voulait lui faire jouer. Elle vient de se promettre de ne jamais devenir comme sa propre mère, une eau morte, un reflet, un adulte sourd aux cris épris de Beauté.
Elle rit de sa nouvelle indépendance et son rire la gorge d’une force et d’une énergie qui ne sera jamais vieille. Alors, il peut bien tomber quelques gouttes, cela ni rien d’autre ne fera taire sa révolte. Dans son cou, à l’orée de sa poitrine, la pluie devient un bijou.
Ses lèvres prononcent doucement et en en détachant finement chaque syllabe : « je-suis-li-bre ». Ces mots sur sa bouche deviennent puissants, voluptueux, beaux. Elle marche de plus en plus vite, elle court, elle danse et sautille. Il pleut, il pleut et elle, elle brille, elle pétille. Elle est belle. Simplement belle, grâce à ce qui soudain nait dans son esprit.
Mille idées scintillent dans son regard. Elle n’a que quinze ans mais son espoir est ample et généreux. Il guide d’une main sûr et confiante les quatre chevaux qu’elle vient de lancer au galop : les principes justes et soyeux qu’elle vient de choisir pour sa vie. Elle n’est pas prise d’une folie mais de toutes les folies. Sa détermination ne nourrit pas un désir arrogant ou un rêve égoïste. Son âme a choisi d’aimer. D’aimer toutes les saveurs de tous les baisers…