Pour le vent

 Si je ne balaye plus le sable devant ma porte, si je laisse les herbes folles et les ronces envahir mon jardin, si je ne ferme plus les volets, les rideaux, c’est pour le vent. Pour le voir marcher sur la mer, pour suivre ses pas sur la plage. Le vent a besoin d’espace. Hier, il a fait voler en éclats toutes les vitrines de ce nouveau palace.

La nuit, le vent raconte des histoires de voilures et de drapeaux, comment il se fait gifle et puis griffe ou litanie. Le jour, il chante comme les baleines et rend ivres touts les cerfs-volants. Il bouleverse nos projets et s’étire jusqu’à nos beffrois. Aucune de nos cathédrales même remplies de prières n’est plus forte que lui. Nos digues ne brisent que ses larmes de désarroi par l’ennui.

Le vent souffle à l’oreille des vieux marins restés au port, le secret des trésors qu’ils ont perdu de vue et ce qui brille encore dans leurs pupilles, c’est le souvenir de ces poissons rutilants, de ces gorgées d’argent jusqu’au-delà de l’horizon.

Si je tourbillonne au sommet des dunes, si j’écris et m’efface aussi tôt derrière quelques mots, si jamais je ne jette d’amarre, si j’éclate en sanglots ou m’éclate de rire sans raison ni propos, si je me laisse flotter presque transparente à la surface de l’eau, c’est pour le vent, pour le vent.

 



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