Derrière moi,

 

Derrière moi, une année s’évapore en buée sur la vitre du train. J’élabore en pensées un avenir quelque peu plus serein. Le jour se détricote en quelques secondes. Les mailles s’envolent et se jettent dans le vide comme des folles. Un jour, je le perds si facilement en futiles idées. Pour ne point perdre le fil et me refaire, je le sais par d’autres guerres, les médicaments ne suffisent pas. Il me faut dompter quelques phrases, détourner quelques images, les muter au travers de mon prisme comme les pastilles colorées d’un caléidoscope magique. Le reflet se confond pour de vrai par un jeu de miroirs. Les mots ont fini par ne plus me croire, ont appris à se méfier de mes tournures. Ils s’échappent, se moquent de moi, en pleine lumière, au premier tourment. Au beau jour, ils font de mes inventions, de vulgaires mensonges. Que voulez-vous que je leur réponde ?

Pour ne pas perdre pied, m’accrocher et tenter de poser pied, je défie de ma faille, l’absurdité.

-« Vas-y ! » lui dis-je « cherche plus inutile et plus vain que ça ! Plus anodin et plus ridicule que moi et que ce que j’écris là ! Allons, cherche et trouve vite ! »

 Bien souvent, je peux sortir de ma cachette avec dans ma pochette, posé sur le cœur, mon carnet d’écriture vainqueur.  L’absurdité ne trouve pas, pour un temps, de meilleur argument que moi. C’est ainsi que j’acquière mon répit, que je ris, que je vis, que je crépite. On patiente comme on peut.

Qu’on rie de mes grands airs ! Qu’on hausse les épaules et  que l’on tourne le dos à mes essais dérisoires.  Que l’on se moque de mes colères pour 3 poussières ! Mais que l’on songe qu’il me faut touiller plus de 186 jours dans le noir, dans la poisse, dans la merde, encerclé de murs qui me disent non. Que l’on sache que pour la moindre éclaircie, pour une miette, j’affronte  en tremblant des mains, en tordant mes pas, la dispersion de mes idées pendant des jours entiers. Parmi la misère, au milieu de cerveaux éteints par le dédain et quelques coups de becs, je ne trouve plus la force de me conformer à rien. Si seulement vouloir suffisait, si seulement savoir apaisait.

Derrière moi, ces secondes !

Derrière moi, ces sanglots dans la nuit d’un WC, derrière une porte fermée à clef. Derrière un préjugé. Derrière vos mots mal aiguisés que vous me lancez en pleine figure, par habitude et selon une logique guerrière que je ne conçois pas. Derrière moi, tous ces schémas, ces mesures communes qui ne me conviennent pas. Derrière le sursaut d’un sourcil, rampe lâchement ce « quelle est-il ?»  Que veut-on que cela me fasse ? Les secondes s’affolent et s’agglutinent aux mois  pour me laisser divaguer une année.

 Derrière moi, une ville que je quitte pour une seconde. Soudain comme en rêve, J’avance à reculons. À contre courant, je défais toutes les mailles d’un affreux tricot qui ne me tient chaud. Derrière moi, je laisse une rancune meurtrière, les vœux amers tendus entre deux lois raides d’avoir trop condamné. Je veux être sans plus me heurter à l’impossibilité. Je veux  n’être que cela, cet entre-deux. Entre elle et lui, pour une vie, indécis, imprécisée. Je veux défier les frontières.

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