Chère Ana,

 

Je n’oublierai jamais la première fois où je t’ai vu, on aurait dit un spectre. Tu me faisais peur tant tu étais maigre. Accroché à ton bras, un Baxter sur roulettes faisait le bruit d’un chariot. Partout où tu allais, tu avais toujours à tirer derrière toi toutes tes plus tristes histoires. L’unique chose qu’on avait à te dire c’était : allons, mange, tu fais pitié à voir. Qui donc a essayé de te croire ? Qui donc a osé pousser les réflexions au delà des lieux communs et des banalités. Tu serais cadavérique parce que tu le veux bien ?

La nuit j’entends encore tes supplications, tes pleurs et tes non. Il n’était plus alors question d’avoir pitié, il fallait que tu avales et que tu laisses malgré toi planté dans tes veines l’épine, la nourriture obligatoire. Tu te rongeais, Ana, de secondes en secondes. Tu te cachais, Ana pour aller vomir notre monde dans le noir. Jamais, je n’ai pu comprendre pourquoi, à cause de toi, on rendait les miroirs muets. Ce n’est pas toi qui refuse de voir.

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