Partout où je vais, tu me suis comme une ombre. Tu te joues de moi comme tu le ferais de la lumière.
Hier, j’ai senti ton haleine par-dessus mon épaule et ton sourire moqueur se déposer sur mes lèvres. Lorsque je me suis tourné vers toi en te disant vas-y, dis-moi donc le fond de ta pensée, tu t’es évaporé et tu m’as laissé là, seul avec ma question sans réponse, comme un con.
Parfois, il faut que tu te promènes entre les lignes que je lis et sur celles que j’écris. Pour percevoir et sentir ce qui est bien plus léger que la poussière, je puis compter sur toi. Tu te déploies. Tu frétilles pour un grain de lumière, tu trembles pour un soupir de sorcière. Tu soulèves les tempêtes pour deux fois rien et ton prisme me déforme le monde en permanence.
Partout où je vais, je ne suis plus qu’une ombre. J’avale les mots comme des morceaux de verre. Je sais désormais que jamais de ma cime je ne caresserai le ventre des nuages. Qu’il me faudra lutter pour n’importe quelle lueur et pour que mes feuilles se remplissent de saveurs, il faudra qu’encore et toujours que tu puisses rôder comme un fantôme autour de moi, la nuit comme le jour. Tu ne me quitteras pas, cher spectre, tu ne fais pas que des cadeaux. De toi, on ne se défait pas comme ça. On te contourne sans pouvoir t’apprivoiser. Parce qu’on ne te voit pas, certains prétendent que tu n’existes pas d’un Allons, fait donc preuve de bonne volonté, si tu le voulais vraiment, tout serait autrement.
On voit bien qu’ils ne savent pas ce que c’est de vivre avec toi, cher spectre. Tu fais le mort quand il me faut être efficace. Parce qu’il me faut composer avec toi, je fais peur à tout le monde.