L’horloge muette

 

L’heure ne m’a jamais vraiment parlé si ce n’est à travers les photos de Jules Marey dénonçant ce que tout le monde croyait vrai. Les aiguilles ont toujours eu la tremblote choisissant n’importe quel sens pour tourner.

Et puis, il faut dire qu’il y a eu toutes ces heures vides de tendresse où ma mère rognée par l’alcool ronflait sur le canapé, il y a eu ces heures à espérer qu’elle aille mieux, les heures de galop fou, ces heures sans jour, ces nuits à toute heure, les heures silencieuses et ignorantes, aveuglées par l’angoisse, englouties par la douleur et ses horreurs. Il y a eu ces heures à attendre l’effet provisoire d’un quelconque médicament, ces heures noyées dans le désespoir où vous attendez en vain la main tendue de votre meilleur copain, celles montrant avec l’évidence de la pointe d’un couteau que vous avez perdu votre temps, les heures claquantes et cruelles bourrées d’inutiles certitudes. Enfin toutes ces heures qu’on ferait mieux d’oublier et de jeter.

Si pour une raison ou une autre les horloges ne vous parlent pas, plus ou pas trop souvent, vous pouvez désormais, ici, perdre votre temps à ne rien dire, à dire n’importe quoi, à n’importe quel moment. Je ne vous demanderai jamais l’heure.

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