Le soleil est amoureux du temps. Il enveloppe chaque seconde dans un papier d’argent. Le temps est un coursier. Il galope plus vite que les torrents, est plus agile et discret qu’un serpent.
À l’aube, souvent, le temps tente une évasion. Entre les doigts du soleil, Il oublie quelques larmes violettes. Sur les courbes des mers, dans les creux des collines, il laisse trainer son écharpe de soie blanche dénouée.
À midi, c’est un tigre. Il s’étire, il s’irise, il invente des chansons et des histoires sans fin. Il brûle et baille en glissant ses pieds sous la table. Il rit fort et parle constamment. Le temps est un marchant de fausses perles et de terribles promesses. C’est lui qui découpe la patience en morceaux. Le temps est un saligaud, il dévore sans vergogne tous vos mots.
La nuit, il se calme. Il promène les plus belles secondes dans les jardins embaumés. Il les porte autour du cou, sur ces bras ou sur ses lèvres. Certaines se dispersent, d’autres s’évanouissent ou se laissent manger par le chat.
Il arrive, mais c’est rare que le soleil distribue ses plus précieux caramels aux plus savants jardiniers. Car il faut qu’on se le dise, beaucoup sont magiciens. Ils conçoivent en silence pour le temps de chatoyants écrins. C’est ainsi que certains arborent avec plein de grâce, un joli teint tout doré.